A quoi sert le Fonds monétaire international (FMI)? La question se pose dans le sillage de cette crise financière qui ébranle les Etats-Unis, l'Europe et peut-être demain les autres régions du monde. Fondé en 1944 à une conférence des Nations unies qui s'est tenue à Bretton Woods, aux Etats-Unis, il a pour mission notamment de promouvoir la coopération monétaire internationale, d'assurer la stabilité des changes et de veiller à ce que les pays honorent leurs engagements financiers quitte à mettre à leur disposition les ressources financières nécessaires en tant que prêteur de dernier ressort. Bref, les 45 pays présents à sa fondation l'ont désigné comme le gendarme de l'économie mondiale.

A-t-il assumé son rôle? A-t-il vu venir la crise? A-t-il tiré la sonnette d'alarme quand les clignotants se sont mis au rouge? Les réponses sont contradictoires. «Il y a de bonnes raisons pour croire que le pire est derrière nous», a affirmé son directeur Dominique Strauss-Kahn le 15 mai dernier devant le Parlement européen. Il estimait que les grandes banques avaient fini de révéler les montants des créances à risque. Mais le 19 septembre, il était plus pessimiste, affirmant que le pire était peut-être devant nous et que de nombreuses institutions financières pourraient connaître de graves difficultés. En même temps, le vice-directeur John Lipsky laissait entendre que la tempête était gérable, sans qu'elle provoque une récession mondiale.

Mais que pouvait faire le FMI autre que de faire des constats? Son mandat ne l'autorise pas à mettre son nez dans les affaires des banques privées. «J'ai publié des chiffres. Nous avons averti que la crise financière provoquerait un ralentissement sensible de la croissance mondiale. Mais on n'a pas voulu nous entendre», s'est défendu Dominique Strauss-Kahn dans une interview publiée dans la dernière édition du Journal du dimanche (JDD).

La crise financière, une chance pour le FMI, institution à la recherche d'un nouveau souffle? Il y a une unanimité autour du manque de transparence sur les activités des banques ainsi que sur les méthodes de travail des agences de notation. Dominique Strauss-Kahn partage ces préoccupations. «Le système n'avait plus de sens. Pour maximiser leurs gains, des acteurs de la finance prenaient des risques inconsidérés. On multipliait des produits dont on ne maîtrisait pas les dangers. On avançait à l'aveugle dans des transactions opaques...»

Dominique Strauss-Kahn réclame donc un nouveau rôle pour son institution. En clair, il revendique de nouvelles fonctions de régulateur «pour mettre fin à l'anarchie financière, l'opacité, la cupidité, l'irresponsabilité d'un système qui s'est développé sans rapport avec l'économie réelle. La finance doit être contrôlée. Nous sommes prêts à le faire si on nous en donne le mandat. Nous sommes dans notre rôle, et je le revendique», a-t-il dit au JDD.

Le président français Nicolas Sarkozy vient d'apporter de l'eau au moulin du directeur du FMI. Il vient d'appeler à la refondation des institutions de Bretton Woods, avec des pouvoirs élargis pour contrôler le système financier mondial dans son ensemble. L'état du monde 2009* (éditions La Découverte) évoque aussi la nécessité d'innover et de lui trouver de nouvelles missions

Force est de constater que le FMI est une institution discréditée, peu démocratique et mal placée pour mener une telle mission. Le mode d'élection de son directeur, forcément un Européen (et un Américain à la tête de la Banque mondiale), ne correspond à aucune réalité. Son actionnariat. qui a été défini en 1944, a peu évolué. Le pouvoir reste dans les mains d'une poignée de pays. La Belgique ou la Suisse ont plus de poids que la Chine. L'institution a mis des années pour introduire des réformes, mais celles-ci n'ont été que cosmétiques.

Au fil des années, le FMI est devenu insignifiant. Comme un pompier qui n'a pas eu d'incendie à éteindre. Ou, il est accusé de venir comme la grêle après les vendanges. Ses plus grands clients ont remboursé leurs créances, parfois avant l'échéance. Désormais, ils préfèrent faire appel au marché que d'emprunter au FMI et subir ses conditions. Même les grands pays se fient peu à ses prévisions. En 1997, il n'avait pas anticipé la crise asiatique comme il n'a pas vu venir la crise des «subprime».

Financièrement, c'est une institution instable. Les faibles créances accordées principalement aux pays africains ne rapportent pas d'intérêts suffisants pour payer ses frais opérationnels. Le renvoi de près d'un millier de fonctionnaires n'a pas suffi comme mesure d'économie. Dominique Strauss-Kahn vient d'instituer un comité dont la tâche est de proposer des mesures pour rentabiliser les services de l'institution.

Le FMI est aussi accusé de parti pris en faveur des Etats-Unis, notamment sur son rôle de surveillance des taux de change. Il voudrait instituer un mécanisme pour sanctionner les pays dont la politique monétaire provoque des déséquilibres chez un autre. Clairement visée, la Chine refuse d'entrer en matière. Washington est revenu à la charge fin août, pressant le FMI d'assumer son rôle alors même que les exportations américaines ont le vent en poupe grâce à un dollar affaibli.

Enfin, menacé de marginalisation par l'arrivée des fonds souverains notamment d'Asie et de Moyen-Orient, le FMI se presse de dresser un code de conduite à leur égard. Pour cause, ces derniers ont été particulièrement actifs ces derniers mois et ont pris des participations dans de nombreuses entreprises au sein des pays du G7.