Immunisée, l'industrie du risque? Les réassureurs présentent au total 46 milliards de dollars de bénéfices en 2007 (+10%). Et la plupart des assureurs sont également au mieux. Pourtant Swiss Re, numéro un mondial de la réassurance, réduit son bénéfice trimestriel de moitié à cause de deux dérivés de crédits (CDS). Et AIG, numéro un mondial de l'assurance, doit augmenter son capital de 12 milliards de dollars à cause d'une perte de plus de 7 milliards. Les maîtres du risque nagent dans le tourbillon des «subprime». La première observation est de noter que le marché des actions n'a pas été inefficient en condamnant à peu près autant les assureurs que les banques. Une première impression est toujours la bonne, surtout quand elle est mauvaise, selon le critique Henri Jeanson.

En dépit des deux exemples ci-dessus, les «subprime» jouent un rôle secondaire pour le secteur. «L'industrie est en bonne forme, à moins que l'économie ne se contracte plus fortement», déclare Nikolaus von Bomhard, président du conseil d'administration de Munich Re, numéro 2 mondial du secteur. Il s'exprimait vendredi à Zurich, lors du «Reinsurance Summit» organisé par le ZFU, après avoir pris connaissance du plongeon d'AIG. Pour son industrie, l'effet direct de la crise du crédit est faible et s'il est perçu tardivement, c'est pour des questions comptables. En effet, les pertes des banques sont le fait du négoce et passent immédiatement au compte de pertes et profits. C'est différent pour les assurances, lesquelles absorbent le choc au niveau des placements financiers.

L'impact le plus fort touche la réputation. «C'est le risque le plus sous-estimé», ajoute Nikolaus von Bomhard. Mais «qu'on ne blâme pas les règles comptables», poursuit-il. Ce sont les faits et les décisions qu'il faut blâmer. Les comptes doivent être corrects et complets. Les investisseurs sont majeurs et peuvent les interpréter. Il s'oppose ainsi à l'école de pensée la plus en vogue.

L'industrie de l'assurance a partagé avec les banques une erreur stratégique. Nikolaus von Bomhard pointe du doigt les promesses de rendement: «Certains ont promis une rentabilité qui soit triple du coût du capital. Ce n'est pas raisonnable dans notre métier.» Seul un monopole ou un innovateur d'exception peut atteindre durablement cet objectif. Pense-t-il au réassureur suisse? L'information est en tout cas destinée aux investisseurs. Si le rendement promis est très élevé, le risque le sera aussi. Et un directeur général d'Allianz, Clement Booth, d'asséner son message: «Tout le monde parle de ROE (rendement des fonds propres), mais d'une part c'est le E de l'équation (fonds propres) qui compte le plus, et d'autre part ce ratio ne mesure en rien le risque.»

La réassurance a aussi participé au développement de la titrisation, à l'identification des risques, à leur transformation et leur revente sur le marché des capitaux. Le phénomène va se poursuivre, mais le comportement va s'assagir. Les réassureurs vont se concentrer sur les événements à faible probabilité et à la réduction de la complexité des risques. Parmi les thèmes discutés figure le risque de longévité dans l'assurance-vie. Son prix fait débat. Il est encore trop bas, selon le patron de Munich Re.

La titrisation va donc se poursuivre, mais les réassureurs conserveront le risque dans leur bilan. «L'avenir appartient à une stratégie d'achat et de conservation du risque (buy and hold)», explique-t-il. Fini le temps du transfert immédiat du risque au suivant pour empocher une commission. «Chez nous, les incitations sont ainsi définies que même les équipes de ventes sont rémunérées en fonction du risque», se défend le patron de Munich Re.

La plupart des représentants de l'industrie du risque ont tiré les leçons de la crise. Les nouveaux besoins sont identifiés. Les nouvelles structures sont en place. Mais le cycle de l'assurance n'évolue pas encore dans la bonne direction. Les tarifs sont orientés à la baisse. «Je préfère avoir un problème de coûts qu'un problème de portefeuille», assure le directeur d'Allianz. Il poursuit: «Je saurais baisser les coûts très fortement. Il est plus compliqué de réorienter le modèle d'affaire.»

Dans cinq ans, à quoi ressemblera l'industrie du risque? D'une part, il sera encore plus compliqué de tracer des frontières entre les métiers d'assurance, de réassurance, de consultants et de sociétés actives dans le risque sur les marchés des capitaux. Fini le temps où l'on faisait appel à un broker pour qu'il lui cherche une solution pour couvrir un risque. Chacun s'assied autour d'une table, apporte son savoir et sera rémunéré selon sa valeur ajoutée. Celui qui augmente sa part de marché sera celui qui saura montrer qu'il apporte le meilleur savoir-faire.

Dans les entreprises, la gestion du risque ne sera plus l'affaire du responsable d'une division, mais celle du directeur financier. Car le grand changement touche au modèle. Il ne s'agit plus de protéger une entreprise contre un risque industriel, mais de gérer le capital et de l'utiliser de manière efficiente sur une base ajustée du risque, selon Hans-Werner Rhein, directeur auprès d'Aon, le premier broker de réassurance.

La réassurance n'est donc qu'indirectement touchée par la crise du crédit, mais les cours des actions sont pénalisées par le cycle baissier des primes d'assurance (soft market). Lorsque la charge de sinistres augmentera à nouveau fortement, que la consolidation se produira entre les différents acteurs et que les tarifs seront plus favorables, alors les actions des réassureurs repartiront clairement à la hausse.