La consommation d'énergie et les techniques de production détermineront notre futur climatique débattu à Bali. Mais on n'inverse pas une politique énergétique du jour au lendemain, d'autant que les incertitudes sur les coûts réels des filières propres sont impossibles à lever. Et surtout, l'énergie est l'otage de choix idéologiques, de préjugés et de stratégies nationales qui influencent les grandes orientations. Les mécanismes de marché fonctionnent très mal, la concurrence est totalement biaisée et les coûts environnementaux ne sont toujours pas intégrés.

Si l'horizon va demeurer embrumé, des perspectives se dégagent tout de même. L'Allemagne a confirmé de manière spectaculaire son intention de renforcer les nouvelles énergies propres, en augmentant les fonds de recherche, les subsides et en poursuivant l'intégration des nouvelles énergies renouvelables dans le mixe tarifaire vendu aux consommateurs. De Suisse, on a tendance à juger cet engagement comme allant de soi, mais c'est oublier qu'Angela Merkel a eu de gros doutes sur les axes de la politique tracés par le gouvernement qui l'a précédée. Les grands distributeurs d'énergie, en mains publics ou privés, ont tenté par tous les moyens de s'opposer aux orientations prises il y a près de dix ans déjà. Ils ont échoué, faute d'alternative crédible. Après le solaire photovoltaïque et le développement de l'éolien, l'Allemagne met résolument le cap sur le solaire thermique (chauffage domestique), la géothermie, la biomasse et annonce le démarrage (pour 2009) d'un premier grand parc d'éoliennes en pleine mer. Grâce à ces mesures, le gouvernement d'Angela Merkel espère pouvoir réduire ses émissions de C02 de 40% d'ici à 2020, tout en portant la part des énergies renouvelables à 30% dans la production d'électricité contre 12% actuellement. Mais on devine aussi que la question du nucléaire n'est pas définitivement réglée et va ressurgir dès que le contexte politique national le permettra. La Commission européenne, elle-même, vient d'infléchir sa position. Elle n'est plus totalement «neutre» sur la question. Et plusieurs de ses commissaires ont pris partie pour une relance de l'industrie nucléaire alors que, jusqu'ici, Bruxelles laissait aux Etats le soin de trancher. La France, qui mise toute sa politique énergétique sur l'atome, va une nouvelle fois tenter d'inclure l'énergie nucléaire dans la liste des énergies renouvelables. Sur le plan économique, le gouvernement Sarkozy travaille à la mise en place d'un nouveau pôle d'actionnaires autour de son champion Areva. Mais comme souvent, la France s'y prend assez mal et agace ses partenaires européens. En voulant vendre un réacteur à la Libye, le gouvernement vient peut-être de commettre une énorme gaffe. Tout le monde le sait: Mouammar Kadhafi n'a pas besoin d'une centrale nucléaire pour désaliniser l'eau de mer, lui qui dispose de gaz et de pétrole et surtout d'un soleil radieux et brûlant. Les cadres commerciaux d'Areva, qui riaient sous cape du projet, sont inquiets. Comme les réacteurs promis aux pays arabes, ce projet pourrait mettre à mal l'image du nucléaire civile. Car on n'implante pas à la légère des centrales nucléaires dans des pays instables et qui ne sont pas franchement mûrs pour tolérer une autorité nationale de surveillance et de sécurité dont on attend une impartialité totale à l'égard de toutes formes de pression. Pour Areva, qui se prépare à entrer en force sur le marché nord-américain, la croisade nucléaire arabe du président Sarkozy est donc à très hauts risques politiques et techniques. Mais c'est un fait, pour atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés en vue des négociations qui démarreront au terme de la conférence de Bali, tous les Etats vont devoir évaluer l'opportunité de relancer une industrie quasi neutre en CO2 et songent à remplacer leurs anciennes centrales. Si personne n'imagine un développement considérable des réacteurs actuels, l'Union européenne a raison de souligner que les fonds mis dans la recherche pour la IVe génération, qui produit très peu de déchets et brûle les plus dangereux, sont notoirement insuffisants, y compris en France.

Si le nucléaire va donc faire sa rentrée politique, la vedette des cinq prochaines années ce sera l'éolien offshore. La Grande-Bretagne a annoncé en début de semaine son intention de construire, d'ici à 2020, 7000 éoliennes au large de ses côtes, soit de quoi produire l'équivalent de la consommation électrique de tous les ménages britanniques. Cette annonce, largement reprise par les médias, est une pure escroquerie intellectuelle d'un gouvernement aux abois et qui a besoin de publicité. D'abord parce que ce plan date de cinq ans déjà; ensuite, il ne s'agit pas d'un projet mais d'une étude dont on connaît les conclusions. L'installation de 7000 éoliennes dans un délai aussi court est irréaliste et bien d'autres investissements seront nécessaires avant de pouvoir connecter au réseau de très grands parcs éoliens offshore. Pour les promoteurs de l'énergie éolienne, les déclarations fantaisistes du gouvernement britannique sont une forme de pollution. Elles donnent l'illusion d'un changement alors qu'en réalité la Grande-Bretagne parle beaucoup mais agit peu.