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Analyse. Les grandes banques qui vont sortir victorieuses de la crise

Analyse.

La crise transforme complètement les classements bancaires. Avant d'imaginer les gagnants à long terme, les comptes doivent permettre la comparaison. Car les vœux de modifications des normes comptables ont été exaucés. Chacun n'utilise pas cette marge de manœuvre avec la même célérité. La Deutsche Bank a fait le pas. Avec les nouvelles méthodes, elle publie un bénéfice avant impôts de 93 millions d'euros. Avec les anciennes normes, ce serait une perte de 732 millions.

Un changement de norme modifie le diagnostic et les mesures qui en découlent. Un petit exemple à l'usage des caisses de pension a été avancé par Stefan Nellshen, directeur financier de Bayer: supposons une caisse de pension avec 11% en actions, 80% en obligations et le reste en placements alternatifs et immobiliers, avec la norme IAS 19, aujourd'hui son degré de couverture sera de 100%. Avec l'évaluation à la valeur du marché (Solvabilité II actuellement en discussion), le degré de couverture n'est plus que de 70%. Ce qui met en lumière les problèmes de normes qui privilégient le court terme (Solvabilité II) par des institutions orientées sur le très long terme.

Les normes comptables s'invitent aussi dans la discussion hautement politique sur l'introduction d'une limite à l'endettement des banques. Celle-ci se concentre actuellement sur le «leverage» (total des actifs par rapport à la part la plus solide des fonds propres). A priori, le leverage est particulièrement inquiétant pour la Deutsche Bank. Mais la banque allemande emploie les normes IFRS, comme UBS, tandis que les concurrents américains adoptent US Gaap. Ce n'est pas une querelle d'experts, indique Dirk Becker, analyste de Kepler. En passant aux normes US Gaap, le bilan de la Deutsche Bank diminuerait de 34%. Une contraction massive puisque le total de ses actifs serait amputé d'un montant de 700 milliards d'euros. Sur une même base que les concurrents, le leverage de Credit Suisse (33) est semblable à Deutsche Bank (34) et Merrill Lynch (35), alors que UBS dépasse les 52. Le degré d'endettement de la banque de Peter Kurer l'oblige à réduire la voilure. Mais la hausse du dollar l'empêche de réaliser ses objectifs de réduction du bilan. Le total des actifs pondérés du risque est même en hausse au troisième trimestre.

L'UBS a toutefois l'avantage compétitif non négligeable d'avoir transféré ses actifs toxiques à la BNS. La Deutsche Bank compte encore 93 milliards d'euros d'actifs de niveau 3 (pour lesquels aucun prix n'est observable). Un bilan propre en ordre ne suffit pourtant pas à faire des affaires et attirer les clients. Le lourd passé de la direction de UBS dans sa politique de communication et l'incertitude sur sa stratégie ne vont pas accélérer le retournement.

Le coût du transfert d'actifs toxiques à l'Etat est d'ailleurs sous-estimé par la bourse. Non seulement le taux d'intérêt exigé est logiquement très élevé, mais l'attention et les exigences des autorités de surveillance et du monde politique et médiatique compliquera sérieusement la tâche de la direction. Mieux vaut un management pleinement concentré sur ses affaires, en visite chez les clients qu'en déplacement à Berne.

Le métier de banquier se gagne ou se perd sur le marché du travail. Il sera bien plus aisé pour Credit Suisse d'attirer les meilleurs talents que pour UBS. Comme pour la Deutsche Bank, face à Commerzbank et aux banques publiques, ou HSBC en Angleterre, face à RBS.

Les analystes sous-estiment ces facteurs structurels lorsqu'ils estiment les bénéfices des banques en 2009 et 2010. Leurs attentes paraissent bien optimistes sur UBS. Certains anticipent un bénéfice de plus de 5 milliards de francs l'an prochain et l'absence de sorties de fonds dans le private banking. Ce n'est pas la BNS qui s'en plaindrait, mais est-ce réaliste? Ces experts attendent près d'un milliard de bénéfice dans la banque d'investissement l'an prochain. N'est-ce pas oublier que la banque de Marcel Rohner limite la prise de risques, par obligation, et supprime des emplois dans cette activité (-17% depuis un an)? Au troisième trimestre, les chiffres publiés sont d'ailleurs décevants dans la banque d'investissement (perte de 2,7 milliards).

La fuite vers la qualité dans les affaires de contrepartie (hedge funds, produits dérivés) profite grandement au Credit Suisse. Si les bourses poursuivent leur redressement, la banque de Paradeplatz pourrait approcher les 7 milliards de bénéfice l'an prochain et dépasser les 8 milliards en 2010, selon les analystes. Cela lui permettrait de regagner en très peu de temps une rentabilité des fonds propres de 15-16%.

Apparemment un management capable d'affronter sans aide extérieure la crise du crédit attire durablement la confiance.

Credit Suisse a cependant un avantage majeur sur la Deutsche Bank. Contrairement à son homologue rhénane, elle n'a pas de fusion à gérer. La Deutsche Bank est en train d'avaler la Postbank, institut peu rentable et dangereusement exposé à l'immobilier anglo-saxon.

Aux Etats-Unis, Goldman Sachs répète trop souvent aux analystes que son modèle d'affaires est sain. Le doute s'installe car la nécessité d'une solide base de dépôts s'impose définitivement dans l'après- subprime. Le gagnant, c'est JP Morgan, La seule grande banque qui n'a pas annoncé de perte trimestrielle à ce jour. Son action n'a baissé que 4% cette année. L'institut a racheté à un très bon prix, et avec le soutien de Paulson et Bernanke, d'abord Bear Stearns puis Washington Mutual, rappelle une étude de Barclays Capital. Son «leverage» n'est que de 13,9 et son portefeuille comprend six secteurs d'activités assez bien équilibrées. Aucun ne dépasse le tiers du total. Aujourd'hui, JP Morgan vaut 180 milliards de francs. Le double de Citigroup et plus du triple de UBS et de Credit Suisse. Gagnant du subprime certes, JP Morgan est un conglomérat qui sera difficile à gérer.

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