«Préféreriez-vous travailler à temps partiel?» Près d'un demi-million de Suisses et Suissesses travaillant à plein-temps répondent «oui» à cette question dans l'enquête 2005 sur la population active. Quand on sait que la Suisse compte 4,1 millions d'actifs, dont déjà 1,2 million à temps partiel, on en conclut qu'il y a encore une bonne marge de progression.

L'importance du temps partiel est un caractère marquant de l'économie suisse. Pays-Bas mis à part, aucun autre pays d'Europe n'y recourt autant. On relèvera au passage une forte corrélation négative entre celui-ci et le taux de sans-emploi: les quatre pays où l'activité professionnelle partielle est la plus développée (Pays-Bas, Suisse, Norvège et Royaume-Uni) connaissaient les plus bas niveaux de chômage en Europe.

Historiquement, on peut dire que la Suisse a vécu, sans bruit, une petite révolution sociale en une génération. Elle coïncide d'une part avec le triomphe du tertiaire, d'autre part avec l'évolution de la pyramide des âges. En 1970, les personnes travaillant à temps partiel ne représentaient que 12,2% de la population active. Vingt ans plus tard, la proportion n'était encore que de 18,8%. En 2005, près d'un actif sur trois (31,7%) est concerné. L'évolution mérite donc amplement qu'on s'y intéresse de plus près, ce que fait une étude de l'Office fédéral de la statistique (OFS) publiée la semaine dernière.

Ses données plus fines montrent aussi les limites du phénomène. Sans surprise, il concerne essentiellement les femmes - plus d'une sur deux (56,7%), contre un homme sur dix (10,9%). On observe d'ailleurs une évolution inverse de carrière selon le sexe. Le temps partiel est le plus répandu chez les femmes dans la force de l'âge (entre 40 et 55 ans), reprenant un métier quand les enfants ont grandi, alors qu'il est plus élevé que la moyenne chez les hommes en début de carrière (formation) ou proches de la retraite.

Quatre données montrent que les esprits changent moins vite que les chiffres d'ensemble.

Dans l'enquête 2005 sur la population active, seuls 26000 hommes affirment exercer une activité à temps partiel pour des motifs familiaux, contre 495000 femmes. Ils sont certes quatre fois plus nombreux qu'il y a quinze ans mais, globalement, la répartition des rôles dans les foyers a peu changé.

Le temps partiel est plus souvent contraint en 2005 (78000 personnes) qu'en 1991 (11000 personnes).

Le phénomène reste très marginal chez les cadres masculins (5,5% du total), même si leur nombre absolu a doublé depuis 1991. Il touche en revanche près d'une femme cadre sur deux.

Législation inadaptée?

Le constat le plus étonnant est celui-ci: le nombre d'actifs atteignant l'âge de la retraite et travaillant à temps partiel a nettement diminué de 1991 à 2005, de 110000 à 78000 personnes. Souvent loué en théorie, le passage progressif à la retraite par réduction d'activité ne semble pas se développer en pratique.

Peut-être est-ce la conséquence d'une législation sociale inadaptée. Jusqu'à l'année dernière, nombre de salariés ayant un taux d'activité insuffisant perdaient l'accès au 2e pilier, perspective peu sécurisante. Elle a été en partie corrigée en 2005 par l'abaissement du seuil obligatoire, améliorant la situation des personnes employées entre 30 et 59%.

L'OFS se demande aussi s'il existe un risque de discrimination salariale induit par le temps partiel. Sa conclusion est contrastée. Les personnes ayant un taux d'activité compris entre 70 et 89% sont significativement mieux rémunérées à l'heure que les salariés à plein-temps: généralement bien formées, ayant choisi ce mode de vie, elles sont plutôt en position de force par rapport à leur employeur. En revanche, les salariés travaillant à moins de 50% subissent une discrimination salariale négative: la majorité sont peu formés et acceptent cet état faute de mieux.

Il reste donc pas mal d'ajustements à faire pour que la Suisse profite au mieux du réservoir important du temps partiel. Car elle devra le faire: la diminution de la population active à l'horizon 2020 et la pénurie annoncée de main-d'œuvre l'y obligent.