Jamais dans l'histoire des Etats-Unis l'industrie pétrolière n'a entretenu des liens aussi intimes qu'avec l'administration Bush. Avant d'occuper la Maison-Blanche, George Bush avait fusionné sa propre société Arbusto, alors en difficulté, avec Spectrum 7 Energy du Texas. Il suivait les traces de son père qui, avant de se joindre à la politique active, était le patron de Zapata Petroleum.

Le vice-président américain Dick Cheney est un ancien directeur d'Halliburton, la plus grande société de services de l'industrie pétrolière, présente aux quatre coins du monde et l'un des principaux bénéficiaires de contrats en Irak occupé. Dès son arrivée au pouvoir à Washington, il demande à un comité comprenant plusieurs barons du secteur de définir l'avenir énergétique du pays. Ce comité lorgne les réserves naturelles d'Alaska. Troisième figure de l'administration Bush, Condoleezza Rice, la cheffe de la diplomatie américaine. Elle vient de Chevron qui, en guise de reconnaissance, a donné son nom à un tanker. En 2000, la plus puissante compagnie pétrolière américaine, ExxonMobil, dépense 1,5 milliard dans la campagne présidentielle. Près de 85% de cette somme revient à soutenir le candidat républicain.

Oui, jamais dans l'histoire des Etats-Unis, l'industrie pétrolière n'a entretenu des liens aussi intimes qu'avec l'administration Bush.

Et pourtant.

Les très gros bénéfices engrangés par l'industrie pétrolière ces troisdernières années commencent à faire jaser Washington. D'autant plus qu'en même temps le prix de l'essence a triplé à 3 dollars le gallon (3,785 litres). Et un tel renchérissement dans un pays où l'automobiliste est roi ne passerait pas sans avoir de conséquences sur les élections de novembre lorsque les électeurs américains seront appelés à renouveler 50% des sièges au Congrès. C'est dans ce contexte que le président du comité Energie et Commerce Joe Barton vient de réclamer une enquête sur les profits des compagnies pétrolières ainsi que sur une éventuelle manipulation de leurs comptes. Cet homme est pourtant connu comme étant particulièrement proche de l'industrie pétrolière.

C'est toujours Joe Barton qui vient d'adresser une lettre virulente à ExxonMobil lui reprochant d'avoir donné un cadeau de départ de 100 millions de dollars à son ancien PDG Lee Raymond. «Nous respectons les droits des entreprises à fixer le montant des pensions de leurs cadres. Il est toutefois difficile de comprendre que vous accordiez une telle somme alors que l'automobiliste américain doit débourser 3 dollars pour son gallon d'essence», a-t-il protesté.

Joe Barton est allé encore plus loin. C'est sous son impulsion que le Congrès vient de voter une loi qui demande de revoir les conditions pour octroyer les concessions de forage dans le golfe du Mexique. Si cette loi est approuvée par le Sénat et obtient également le feu vert du président, les compagnies pétrolières qui y sont présentes devront s'acquitter de 10 milliards de dollars supplémentaires. Alors que le divorce entre Washington et l'industrie pétrolière n'est pas totalement consommé, les démocrates ne se font pas prier pour jeter de l'huile sur le feu. HillaryClinton, sénateur démocrate de l'Etat de New York et éventuelle candidate à la Maison-Blanche, insiste pour la création d'un fonds stratégique pour l'énergie doté de 50 milliards de dollars. Objectif: encourager la recherche et l'investissement dans les énergies renouvelables et diminuer les importations pétrolières de 50% d'ici à 2025. «Je souhaite que les six plus grandes compagnies qui ont réalisé 113 milliards de bénéfices en 2005, l'équivalent du revenu de 170 pays, participent à son financement», a-t-elle dit au Washington Post du 24 mai 2006. Attaquée de tous les côtés, l'industrie pétrolière américaine est sonnée. Selon le Wall Street Journal du 24 mai 2006, elle investit des millions dans une tentative de redorer son blason.

Son centre d'études stratégiques, American Petroleum Institute, a commencé une campagne d'explication au coût de 30 millions de dollars, la première depuis troisdécennies.

Cinq compagnies – BP, ExxonMobil, Shell, ConocoPhilips et Chevron – ont consacré 52 millions de dollars en janvier et février à une campagne d'information sur la promotion des énergies propres. Enfin, l'argent recoule à flots dans le lobbying à Washington, 30 millions de dollars en 2005.