La crise financière jette un froid glacial sur les fonds d'investissement et compliquera sérieusement la levée de capitaux. Dans un contexte où l'on parle depuis plusieurs mois d'une bulle spéculative dans les technologies vertes, la descente aux enfers de la finance va faire mal. A coup sûr, l'industrie du capital-risque sera victime du discrédit sans nuances qui s'installe dans une industrie où la fin de l'exubérance irrationnelle finit dans le sang. Même si c'est politiquement incorrect de le dire, la spéculation financière fournit la liquidité, un bien indispensable à l'investissement, en particulier dans des technologies très intensives en capital et risquées. La sécurité, vers qui tout le monde va se tourner, a horreur de l'incertitude et fait payer très cher sa confiance à ceux qui pensent différemment. Et s'interdit de prêter à ceux qui remettent en cause les modèles d'affaires classiques.

L'autre refroidissement sera de nature politique. Certes, on ne peut que se féliciter de la détermination avec laquelle la commission Environnement du Parlement européen a décidé (le mardi 7 octobre) de maintenir le cap en matière de réchauffement climatique. Malgré d'innombrables tentatives d'intimidation des lobbies industriels, les émissions de gaz à effet de serre auront donc un prix minimal et les allocations seront mises aux enchères progressivement dès 2013, puis intégralement dès 2020. Autre décision importante: la commission Environnement veut aider et, en réalité, forcer l'industrie du charbon et du gaz à investir dans la capture et le stockage du CO2. Les eurodéputés n'en sont pas devenus naïfs pour autant. Ils savent que rien n'est gagné. D'abord, les négociations s'annoncent très difficiles entre Etats: l'Allemagne se bat contre les nouvelles contraintes imposées à l'industrie automobile; la Pologne refuse que l'on pénalise la production de charbon; la France veut comptabiliser l'industrie nucléaire dans la liste des énergies renouvelables... La grande industrie hurle (évidemment) sa colère et fait le siège des ministères. Aux yeux des grands lobbies, l'Europe choisit d'alourdir sa facture énergétique et contraindra davantage encore son industrie à s'expatrier dans les régions où les droits de polluer n'existent pas. La détérioration rapide de la conjoncture ne fera que renforcer le poids de cet argument, même si des études montrent que la menace brandie est exagérée et même probablement erronée sur le long terme. Mais, dans un climat économique morose pour ne pas dire déprimé, les menaces directes sur l'emploi risquent de l'emporter sur les autres considérations.

A témoin les débats qui ont commencé hier à l'Assemblée nationale française sur le Grenelle de l'environnement. Ils sont minés par le gouffre des déficits français. Les milieux écologistes, sincèrement admiratifs sur l'inventaire, ont bien compris qu'ils allaient perdre sur l'hégémonie accordée au secteur nucléaire et devoir se battre pour obtenir les moyens promis par les services de Jean-Louis Borloo mais non financés. Aux Etats-Unis, le candidat Barack Obama apporte lui-même déjà des nuances sur l'affectation du budget qu'il entend débloquer en faveur des énergies vertes.

Ces mauvais présages n'annoncent pour autant pas l'arrivée d'un hiver environnemental. En Europe, aux Etats-Unis et en Asie, le transport ferroviaire est en passe de faire son retour au rang des grandes priorités pour désengorger les villes et améliorer la qualité de l'air. Le besoin de réinvestir dans l'énergie est si criant qu'il est à l'agenda de tous les gouvernements sur la planète. La recherche dans l'énergie, qui n'a cessé de diminuer, y compris ces dernières années, revient à l'agenda des universités et académies alors même qu'elles prétendaient, il y a peu encore, qu'il ne s'agissait plus que d'approfondir des problèmes techniques. L'erreur d'orientation faite par l'industrie automobile, qui a longtemps nourri l'illusion que les prix des carburants ne seraient pas un obstacle, est si grossière qu'elle devient un cas d'école pour tous les autres secteurs de l'économie qui s'interrogent encore sur la vague verte. La crise financière ne met que plus en lumière celle de l'énergie: le modèle suivi n'était pas durable et faussé par des coûts cachés, la pollution dans le domaine de l'environnement, l'illusion d'un découplage risque-rendement dans la finance. Et, fait historique, pour ceux qui suivent depuis longtemps le secteur de l'énergie, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) écrit noir sur blanc (1er octobre 2008) dans un rapport à l'intention du G8 que les énergies renouvelables sont en mesure de fournir 50% de la demande électrique mondiale d'ici à 2050 (contre 20% en 2005), à condition d'adopter des politiques qui encouragent la frugalité énergétique. Il y a tout juste dix ans, un tel optimisme aurait fait hurler les experts. Aujourd'hui, «l'optimisme» est devenu raison. Les gouvernements auront-ils le courage de défendre un monde durable quand ils affronteront les coûts de la crise financière? Réponse au sommet européen des 11 et 12 décembre prochains.