Aenvironnements différents, comportements différents. La semaine passée, les trois principales banques centrales du monde se sont prononcées sur leur politique monétaire. Mercredi, la Banque du Japon (BoJ) ouvrait les feux et surprenait son monde en abaissant ses principaux taux directeurs.

Le mouvement ne manquait pas d'audace puisque la veille encore, le gouverneur de la BoJ estimait qu'un assouplissement de sa politique n'était pas d'actualité. Mais le pays a besoin d'un électrochoc alors qu'il traverse une crise économique dont personne n'entrevoit l'issue (lire en page 25).

Le même jour, l'Américain Alan Greenspan se livrait à un exercice d'équilibriste devant la Chambre des représentants. Le patron de la Fed annonçait qu'il ne baissait pas le loyer de l'argent, même s'il pense que l'économie américaine n'a pas achevé sa décrue. Alan Greenspan veut éviter de donner l'impression de paniquer au moment où les marchés financiers se montrent excessivement nerveux, à l'image du Nasdaq qui a reculé de 22% sur le mois de février et qui retrouve son niveau d'il y a deux ans.

Jeudi, Wim Duisenberg semblait beaucoup plus à l'aise que ses deux homologues. Le président de la Banque centrale européenne ne s'est pas le moins du monde ému du ralentissement américain. Il a laissé les taux de l'institut de Francfort inchangés, comme si le Vieux Continent se trouvait à l'abri de toute contagion. Wim Duisenberg a même écarté l'idée d'une baisse des taux rapide: «Sur la base des informations dont nous disposons aujourd'hui, nous ne prévoyons pas de modifier notre position en matière de politique monétaire.» Pourtant, la pression inflationniste se fait moins forte en Europe. Dans ce contexte, certains se demandent s'il ne serait pas bon de lâcher du lest au moment où les principaux organismes de prévisions économiques revoient leurs objectifs à la baisse.

Mais le patron de la BCE a de bonnes raisons de laisser son principal taux, le Refi, à 4,45% depuis le 5 octobre. Tout d'abord, les perspectives de croissance dans les douze pays de la zone euro restent supérieures à 3% et la demande qui soutient l'activité s'avère forte. Ensuite, les échanges commerciaux entre pays de l'Euroland restent plus importants que ceux réalisées avec les Etats-Unis (voir graphique). Enfin, la BCE cherche à démontrer qu'elle intervient dans une zone stable et que, contrairement à ses consœurs américaine et japonaise, elle n'a aucunement besoin de voler au secours de son économie. Elle cherche ainsi à gagner la crédibilité qui lui a tant manqué ces derniers mois.

On se souvient des déclarations aux effets calamiteux de Wim Duisenberg qui, par voie de presse, s'était expliqué sur le niveau de la monnaie européenne. L'institution BCE avait tremblé. Aujourd'hui, à moins d'un an de la mise en circulation des billets et pièces en euros, la banque centrale ne peut plus émettre de signaux de faiblesse en direction des marchés.

Image forte

En effet, si les fondamentaux de l'économie européenne sont bons, Wim Duisenberg et ses collègues savent que le ralentissement américain peut affecter l'Europe par le vecteur financier, c'est-à-dire par le biais d'une crise boursière ou monétaire. Dans les deux cas, seuls l'autorité et le doigté d'une banque centrale peuvent prévenir le pire. Alors que la première économie du monde traverse une période d'incertitude, son principal challenger veut se donner une image de robustesse. Il y a donc fort à parier que la BCE ne modifiera pas rapidement sa politique monétaire.