«En 2015, la fortune du fonds de compensation de l'AVS pourrait être épuisée», soulignait récemment dans nos colonnes Eric Breval, directeur général du fonds de compensation de l'AVS. Le propos est alarmiste, mais la situation qui risque de se produire est la suivante: en 2015, le fonds AVS pourrait ne plus pouvoir payer des rentes, le nombre d'actifs n'étant plus suffisant.

Car, malgré la croissance démographique prévue par l'Office fédéral de la statistique, en Suisse, la proportion de personnes de 65 ans ou plus passera de 16% en 2005 à plus de 24% en 2030. En d'autres termes, le rapport entre les personnes âgées de 65 ans ou plus et les personnes de 20 à 64 ans continue d'augmenter. Pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans, on passe de 26 personnes de 65 ans ou plus en 2005 à 43 en 2030. Les réformes de l'AVS, malgré le refus de nombreuses initiatives, s'imposent. Les transformations progressives du modèle suédois des retraites dès 1996 pour faire face au défi démographique constituent une piste à explorer. C'est ce que Credit Suisse a approfondi, lors d'une étude de Richard Blindenbacher publiée récemment.

Le modèle suédois, qui prévoit une retraite au plus tôt à 61 ans et des rentes plus élevées si la vie active se poursuit au-delà de 65 ans, repose sur trois piliers. La prévoyance vieillesse étatique obligatoire est subdivisée en une pension professionnelle, une pension par capitalisation qui permet au citoyen de choisir un gestionnaire de fonds agrée par l'Etat suédois, et une pension garantie. Dans le premier cas, il s'agit d'un système de répartition classique de financement des rentes sur la base des revenus. Néanmoins, la Suède applique un système de comptes notionnels à cotisations définies, ce qui est qualifié par Richard Blindenbacher de «principale innovation du système suédois». Celui-ci fonctionne de la manière suivante. Des montants prédéfinis sont versés dans le système de rente et crédités sur un compte individuel notionnel. Notionnel, car le capital est immédiatement utilisé pour financer les rentes courantes des retraités actuels. Le compte notionnel est rémunéré chaque année, comme si le capital était effectivement investi, avec un taux d'intérêt qui dépend des gains de productivité, du nombre de personnes actives et d'un élément compensateur. Celui-ci est calculé au moyen de la formule suivante: R = g+ p+ q; g représente les gains de productivité, p le nombre de personnes actives et q agit en tant qu'élément compensateur. «La subtilité du modèle suédois vient du fait que le facteur compensateur intervient uniquement lors d'un déséquilibre démographique entre actifs et passifs. Il se traduit par une baisse momentanée des rentes, la Suède partant du principe que l'ajustement est passager et que l'indexation du revenu peut être maintenue à un niveau constant sur une longue période. La Suède n'applique pas exactement ce taux d'intérêt théorique. Un indice de revenu, qui reflète la variation du revenu moyen, est calculé en remplacement de g et de p, sur les trois dernières années, afin de compenser les fluctuations conjoncturelles. En d'autres termes, l'évolution de la population active est intégrée directement dans le facteur compensateur, souligne l'étude.

Le montant de la rente est calculé avec un taux de conversion qui dépend de l'espérance de vie liée à l'année de naissance du rentier. Cela permet d'amortir les effets du vieillissement. Une diminution de la population active est compensée par une baisse du taux d'intérêt. Si l'équilibre financier est menacé, ce qui n'est pas le cas en Suède depuis l'introduction du nouveau système, l'Etat peut activer le facteur de compensation pour combler le déficit. Comme le taux utilisé est identique pour les populations active et passive, chaque individu participe à la solution du problème. Lorsque la pension professionnelle et par capitalisation ne permet pas de couvrir les besoins vitaux du rentier, celui-ci peut se faire aider par l'Etat au moyen de la pension garantie au plus tôt dès 65 ans. Elle est d'autant plus élevée que les autres rentes sont faibles.

Les premières rentes calculées au moyen du nouveau système ont été versées par l'Etat suédois en 2001. «Pour l'instant, la Suède est contente de ce nouveau modèle, qui coexiste encore avec l'ancien. Il faudra voir encore comment le modèle s'adapte en cas de problèmes démographiques qui pourraient survenir dans les quinze prochaines années», avertit Richard Blindenbacher. Quoi qu'il en soit, le modèle suédois, contrairement au système suisse, intègre l'augmentation du nombre de retraités dans le calcul des rentes. Le projet de 11e révision de l'AVS contient des pistes allant dans le bon sens. Un report du relèvement des rentes est prévu lorsque le niveau du fonds de garantie devient inférieur à 70% des dépenses annuelles de l'AVS. Un renoncement est même prévu si le niveau tombe en dessous de 45%. Cette mesure va dans la bonne direction. Cependant, elle est loin de suffire à un déficit de financement. Il est indispensable de renforcer le lien entre recettes et dépenses», conclut l'auteur de l'étude.