L'Asie reste la bouée de secours des Américains. Les derniers développements sur le front du dollar l'attestent. Imitant la Banque centrale de Corée, le premier ministre japonais affirme qu'il faut songer à diminuer les réserves en dollars. Les marchés n'ont pas attendu pour réagir. Le billet vert s'est déprécié contre le franc et l'euro, se rapprochant des niveaux record atteints à fin 2004. Un phénomène bénéfique pour l'industrie américaine qui gagne en compétitivité.

Mais c'est surtout du côté des obligations que les paroles de Junichiro Koizumi ont fait mouche. Ce dernier a réussi à influencer les bons du Trésor américain à 10 ans. Les rendements se sont tendus à plus de 4,55%. Ils se traînaient encore à moins de 4% au début de février. Logique. Le Japon, et plus largement l'Asie, constitue le principal acheteur d'emprunts américains. Dans le cas où Tokyo s'en détournerait, les investisseurs demanderaient davantage pour les accumuler.

Les signaux lancés par les Coréens et les Japonais font le jeu des Etats-Unis. Ces derniers sont confrontés à un problème délicat. Ces derniers mois, les canaux de transmission de la Réserve fédérale américaine (Fed) n'ont plus fonctionné. Bien qu'elle ait relevé ses taux directeurs à six reprises depuis juin 2004, les rendements longs sont restés sous pression. La demande, notamment des caisses de pension, reste forte sur les échéances à 10 ou 30 ans.

Le malaise de la Fed

Les Etats-Unis ont cependant intérêt à ce que les rendements longs grimpent parallèlement aux taux courts. Indicateur que les anticipations tendent vers le retour d'une saine inflation, contenue, provoquée par des entreprises en position de monter les prix. Le tout dans un environnement de croissance.

De bas rendements sur les bons du Trésor annoncent plutôt la récession. On comprendra que la Fed ne soit pas à l'aise. Elle doit continuer à agir pour éviter que la croissance ne provoque des dérapages inflationnistes. Ses taux directeurs devraient atteindre 3,5% en fin d'année. La Fed a besoin de rendements à 10 ans soutenus pour rester crédible, et freiner le crédit aux Etats-Unis. Les déclarations asiatiques constituent un précieux soutien.