C'est une année faste qui s'achève pour les énergies renouvelables. Jamais, depuis plus de vingt ans, autant d'argent et de recherche n'aura été dépensé et menée pour développer les nouvelles énergies vertes. Le «boom» est si fort que l'on manque de silicium (le matériau de base des capteurs photovoltaïques), que les fabricants d'éoliennes ont un carnet de commandes qui dépasse les deux ans. Même en Suisse, les forestiers commencent à s'inquiéter des quantités de bois qui seront brûlées ou gazéifiées dans la filière énergétique d'ici à dix ans.

Ce raz-de-marée des technologies vertes est, et c'est assez remarquable, de dimension planétaire. En Europe, l'Allemagne et le Danemark ne sont plus les seuls pionniers de l'éolien et du solaire; l'Espagne fait des sauts de géant; la Suède a l'ambition d'abandonner le pétrole d'ici à 2020 en lui substituant les biocarburants. Aux Etats-Unis, la Californie n'est de loin plus l'unique Etat à subventionner massivement les énergies vertes et à prévoir des quotas (20% d'ici à 2010), mais est rejointe par une vingtaine d'autres Etats. Même le président George Bush a fini par admettre qu'il était dans l'intérêt stratégique des Etats-Unis de diminuer leur addiction au pétrole en développant les biocarburants de seconde génération, ceux qui seront produits à partir de déchets ou de plantes entières sans valeur nutritive pour l'homme ou les animaux. La Chine, l'Inde et le Brésil, les nouvelles locomotives de l'économie mondiale, savent que leur compétitivité va se jouer sur le bon ou le mauvais usage des ressources naturelles.

Les investisseurs ont bien compris qu'il se passait quelque chose. Si, au début des années 2000, ils haussaient les épaules et partaient en courant en entendant parler des technologies vertes, ils se ruent aujourd'hui par milliers dans les labos et start-up des nouvelles énergies. The Economist rappelait ces quelques chiffres: en deux années, les investissements ont quadruplé dans le capital-risque pour atteindre 2 milliards; dans un même laps de temps, les investissements plus traditionnels dans les technologies propres ont passé de 30 à 63 milliards de dollars.

Même en Suisse, où les incitations à investir dans les technologies vertes ont baissé au fil des années alors que nous étions à la pointe dans plusieurs domaines, un vent nouveau s'est mis à souffler. C'est presque un miracle. Car on ne donnait pas cher, il y a quelques mois encore, des mesures de soutien aux énergies renouvelables. Or, après avoir longuement étudié le dossier, le Conseil des Etats s'est mis d'accord sur des mécanismes qui compléteront la loi sur le CO2 et le centime climatique. La majorité de la commission du Conseil national non seulement s'y rallie, mais vient tout juste de proposer l'introduction d'un supplément de 0,6 centime au maximum par kWh sur la consommation d'électricité. Elle suggère même de créer une assurance spécifique pour encourager les projets de géothermie en grande profondeur. Si ces mesures sont ratifiées en plénum, la Suisse disposera enfin d'un cadre qui permettra d'amplifier les mesures prises par SuisseEnergie* qui est à mi-chemin de son programme. Avec un budget annuel de 42 millions de francs, SuisseEnergie a généré des investissements de 880 millions de francs, et plus de mille sociétés, représentant 37% des émissions de CO2, ont signé des conventions volontaires pour atteindre les objectifs du traité de Kyoto. Selon l'audit, sans les mesures directes de SuisseEnergie et de l'ancien programme Energie 2000, la consommation énergétique globale serait aujourd'hui supérieure de plus de 3,5%. On pourrait discuter longuement de l'efficacité de ce type de programme. Toujours est-il qu'il a permis de rapprocher les partenaires privés et publics et de définir de nouvelles méthodes et standards qui vont s'avérer précieux dans les années à venir.

Car la route vers l'après-pétrole est longue et difficile. Il faudra avoir des nerfs et une détermination politique sans faille pour imposer des standards plus économes en énergie alors que le prix du baril de pétrole pourrait bien redescendre, pour un temps, autour des 35 dollars. A moins d'une taxe CO2 conséquente, il faudra sans doute maintenir un régime de subventions pour amorcer durablement un mécanisme de transformation des technologies énergétiques. Toutes les études montrent que nous pouvons diminuer drastiquement notre consommation énergétique sans baisser notre confort quotidien. Les technologies existent, mais les capitaux et les industriels n'emprunteront cette voie que s'ils ont la certitude que le cap sera maintenu.

*SuisseEnergie, 5e rapport annuel 2005-2006, http://www.suisse-energie.ch