«C'est un cas à décortiquer dans mes cours de communication», commente le porte-parole d'une grande société suisse. Et pour cause: Adecco a accumulé en cinq jours la plupart les bourdes à ne pas commettre pour une entreprise en crise.

Première erreur: l'obscur communiqué de 14 lignes diffusé lundi, suivi d'un mutisme absolu. Dans le contexte Enron et Parmalat, on n'évoque pas des «problèmes comptables et de contrôle» sans anticiper une avalanche de questions. Or, investisseurs et analystes ont été abandonnés à leurs spéculations tout le jour.

Deuxième erreur: la déclaration faussement rassurante du directeur financier, Felix Weber, au New York Times – et à lui seul – au lendemain du coup de grisou. En assurant qu'il ne s'agit pas d'irrégularités mais «d'une question d'environnement de contrôle pas suffisamment bon» (sic), la direction entretient le flou. D'ailleurs, c'est le capitaine qui devrait parler, et à tous en même temps – employés, clients, actionnaires – pas un lieutenant.

Troisième erreur: la conférence téléphonique surréaliste de ce vendredi, durant laquelle le président du conseil d'administration John Bowmer, muselé par ses avocats, convoque la presse pour ne rien lui dire, provoquant un nouveau plongeon du titre. Et que devient pendant ce temps le PDG du groupe, Jérôme Caille? «Mis à l'écart», sans plus de précision. Encore une fois, la mauvaise communication suscite plus de questions que de réponses.

Sans doute est-il exagéré de paniquer à propos des problèmes comptables d'Adecco. «Il s'agit après tout de services low-tech, contrairement à Enron», commente un analyste. Mais on se demande qui tient vraiment la barre.