Il aura fallu douze petites sessions aux investisseurs américains pour voir le Nasdaq revenir au même niveau qu'à la fin de l'année 2000. Vendredi, l'indice des valeurs technologiques a clôturé à 2470,97 points enregistrant, par rapport au 31 décembre 2000, un gain quasi nul de 0,45 point. Le chemin de la hausse (+16% dans le courant janvier), stimulé par les baisses consécutives des taux d'intérêt le 3 et le 30 janvier de la Réserve fédérale américaine (Fed), n'aura été qu'éphémère. Ce retournement de tendance s'est accéléré après l'annonce par l'équipementier de réseaux Cisco de résultats trimestriels inférieurs à ses objectifs pour la première fois en sept ans. Les licenciements annoncés par Dell (4000), les inquiétudes concernant Oracle (rapport défavorable d'analystes) et les déboires de Lucent (enquête de la Securities and Exchange Commission – SEC – sur d'éventuelles pratiques comptables frauduleuses) auront fini d'entamer la confiance des investisseurs.

Les analystes s'en remettent à nouveau aux mots d'Alan Greenspan. Le président de la Fed doit prendre la parole aujourd'hui devant la Commission bancaire du Sénat américain, pour son témoignage semestriel «Humphrey Hawkins». Ce discours, très attendu, trouve son origine dans un texte de loi connu du nom de ses commanditaires Hubert Humphrey et Augustus Hawkins (loi de 1978), exigeant du président de la Fed de témoigner deux fois par an (février et juillet) devant le Congrès de l'état de l'économie et de la politique monétaire. Les analystes attendent de ce discours «une réflexion» sur la prochaine baisse des taux, explique Karen Guinand, analyste du marché américain auprès de Lombard Odier & Cie. Mais, selon cette dernière, «il ne faut pas s'attendre à une estimation précise de l'assouplissement à venir» car de toute façon «la Fed voudra d'autres statistiques, avant d'enclencher un mouvement de baisse de taux». Elle estime cependant que l'éloignement de tout risque inflationniste laisse une certaine marge de manœuvre aux autorités monétaires.

Contexte économique

A savoir si une baisse des taux d'intérêt implique automatiquement une reprise des valeurs boursières. L'analyste de la banque privée genevoise explique qu'historiquement, au vu de l'évolution de l'indice S & P 500 (indice élargi des valeurs américaines), cette hypothèse s'est toujours vu confirmer dans les douze mois qui ont suivi des décisions monétaires. Le «contexte économique» doit cependant être pris en considération, relève-t-elle. «Durant l'épisode douloureux de 1990-1991, le secteur défensif (consommation, pharmacie) avait bénéficié de la confiance des investisseurs. En 1995, suite au ralentissement, ce fut au tour des valeurs cycliques (distribution). Enfin en 1998, dans le contexte des crises financières et des déboires du fonds LTCM, les actions des sociétés technologiques ont vu leurs cours s'envoler.» Pour l'heure, le marché se confond dans un certain attentisme. «Les mois de décembre et janvier drainent en règle générale des flux importants de fonds suite au paiement de primes et bonus de fin d'année, tel n'a pas été le cas ces derniers mois», relève Karen Guinand. «Sur le marché américain, les investisseurs privilégient le marché monétaire devant le manque de visibilité des sociétés.»

Ce ralentissement précède-t-il une récession? L'analyste se veut partisane «d'une reprise en V» décrivant un ralentissement brutal puis une reprise au cours du deuxième semestre. Elle juge probable la mise en place par l'administration Bush d'une politique budgétaire (baisse des impôts) accompagnant les mesures monétaires décidées par la Fed. A court terme, l'annonce de nombreux licenciements, le niveau du prix de l'énergie (problèmes rencontrés en Californie) et la morosité des marchés pèsent sur la confiance des consommateurs. Cette confiance s'avère encore à un niveau louable, malgré une baisse significative en janvier – en chute de 14,2 points à 114,4, soit son niveau le plus bas depuis décembre 1996. Un indicateur dont les investisseurs, au-delà des paroles d'Alan Gresnspan, attendent beaucoup.