La juge Cristina Palmesino a estimé que suffisamment de preuves avaient été réunies contre les deux anciens propriétaires d’Eternit SA Italie. Ceux-ci sont accusés d’homicides par négligence et de violation des règlements concernant les maladies professionnelles contractées dans les quatre fabriques d’amiante du groupe italien.

Les deux hommes se voient notamment reproché d’avoir négligé les mesures de sécurité sur le lieu de travail. Leur procès pourrait durer plusieurs années. Selon l’un des avocats des victimes, les deux entrepreneurs encourent des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à treize ans. L’entreprise Eternit SA (Suisse) actuelle n’est pas concernée par la procédure.

D’après les parties civiles, environ 2000 personnes sont décédées des suites de la contamination et environ 800 autres sont malades. Il s’agit d’anciens employés qui ont travaillé pour Eternit SA Italie entre 1973, année du rachat des fabriques par MM. Schmidheiny et de Cartier, et 1986, année de la faillite des sites.

Casale Monferrato, commune martyre

La décision de la juge Palmesino, rendue publique mercredi lors d’une audience préliminaire, a été accueillie par des applaudissements.

Cent quarante habitants de la commune de Casale Monferrato, où se trouvait l’un des sites de l’entreprise, ont notamment assisté à la lecture de l’ordonnance de renvoi. Ils portaient tous sur leur vêtement un adhésif jaune bien visible réclamant «Justice».

Les dégâts dus à l’amiante sont particulièrement importants dans cette commune du Piémont, qui déplore plus de 1350 morts. «Chez nous», raconte un habitant, Tommaso A., «quatre personnes tombent malades chaque mois et 40 meurent chaque année. C’est comme si un tremblement de terre détruisait chaque fois un immeuble».

«Page importante»

Avec la décision de renvoyer les deux responsables en justice, «une page importante de l’histoire de l’amiante en Italie et dans le monde a été écrite», a estimé le procureur de Turin Raffaele Guariniello, qui a instruit le dossier.

Un commentaire critiqué par l’un des avocats d’Eternit, Guido Carlo Alleva: «Ce procès ne doit pas être chargé de considérations extrajudiciaires», a-t-il déclaré.

Pour Astolfo Di Amato, autre défenseur de M. Schmidheiny, «il est faux de vouloir faire d’un procès contre des personnes un procès à l’Histoire […] Schmidheiny doit être jugé pour ce qu’il a fait ou n’a pas fait, pas pour ses éventuelles responsabilités sociales.»

«Nous savons que les écueils les plus grands sont encore devant nous. Mais c’est une étape importante», a déclaré pour sa part Bruno Pesce, coordinateur de l’association regroupant les proches des victimes.

Parmi celles-ci, Pietro C., 63 ans, estime que les responsables, «ces gens-là», «doivent être envoyés aux galères». «Nous déchargions l’amiante bleu, le plus dangereux. Des trente que nous étions, nous ne sommes plus que deux».

Autres participants

D’anciens employés d’entreprises Eternit en Suisse, en France et en Belgique ont également pris part aux procédures judiciaires, de même que des syndicalistes.

L’Institut national pour l’assurance contre les accidents du travail (INAIL) italien y participe aussi en tant que partie civile. Il réclame 246 millions d’euros (375 millions de francs) comme remboursement pour les dédommagements qu’il a dû payer aux victimes de l’amiante.