Technologie 

André Kudelski: «Je vais passer la plupart de mon temps aux Etats-Unis»

La société vaudoise Kudelski s’américanise. Elle a enregistré une perte nette au premier semestre et a entamé des programmes de réduction de coûts, explique son patron, André Kudelski

L’entreprise Kudelski plonge dans le rouge. La société technologique vaudoise basée à Cheseaux, qui se renforce de plus en plus sur le marché américain, a essuyé une perte nette de 5,7 millions de dollars (5,44 millions de francs) au premier semestre, contre un bénéfice de 21 millions lors de la même période de l’an passé. En cause, les importants investissements dans le nouveau champ d’activité de la cybersécurité. Le résultat opérationnel, ressorti en dessous des attentes des analystes, a connu aussi une dégradation entre janvier et fin juin, avec une chute de 80,2% sur un an à 6,7 millions de dollars. Le chiffre d’affaires a, de son côté, progressé de 12,5% à 552 millions de dollars grâce notamment à l’unité accès public (entrée dans les parkings, infrastructures sportives, etc.) et à l’activité de cybersécurité.

En ce qui concerne l’ensemble de l’exercice en cours, Kudelski s’attend à dégager un résultat net positif sur l’ensemble de l’année mais le bénéfice d’exploitation a été revu à la baisse, avec une fourchette oscillant entre 45 et 65 millions, contre 60 à 80 millions de dollars annoncés en février. En outre, le groupe confirme s’attendre à un chiffre d’affaires compris entre 1,15 et 1,2 milliard de dollars. Son président et directeur, André Kudelski, s’est exprimé.

Le Temps: Comment réagissez-vous à ces chiffres semestriels?

André Kudelski: Le premier semestre est traditionnellement plus faible et plus volatil que le deuxième, du fait notamment de la forte saisonnalité de notre activité dans l’accès public, mais aussi en raison du timing imprévisible de certains contrats.

La croissance de la demande a toutefois été plus rapide que prévu dans les secteurs de la cybersécurité, de la télévision par Internet et des objets connectés, en particulier aux Etats-Unis. Le chiffre d’affaires réalisé dans la région Amérique a d’ailleurs bondi de 56% au premier semestre.

En revanche, on observe une baisse de la demande en Europe en ce qui concerne les solutions pour la télévision à péage classique, par câble et satellite, principalement en raison de la perte d’abonnés touchant nos clients. En Europe, le marché n’est pas encore suffisamment mature pour prendre le relais de croissance sur la TV numérique. Ce recul de la rentabilité est donc à considérer comme transitoire.

– Vous publiez vos comptes en dollars, vous avez ouvert un deuxième siège aux Etats-Unis à Phoenix en Arizona en 2016 et la croissance est essentiellement générée de l’autre côté de l’Atlantique. Allez-vous quitter la Suisse pour les Etats-Unis?

– Personnellement, je vais passer désormais plus de temps aux Etats-Unis qu’en Europe afin de soutenir nos activités sur ce marché. Je fais la navette entre les deux continents. Jusqu’à aujourd’hui, j’étais présent environ 30% de mon temps aux Etats-Unis. A partir de l’année prochaine, cette proportion se situera entre 50 et 60%. Nous devons être très présents outre-Atlantique pour capturer cette vague de croissance.

Nous ne pouvons pas attendre que le marché européen effectue son rattrapage. C’est seulement à moyen terme que l’Europe prendra le relais. Je ne vais pas quitter la Suisse, car j’ai notamment plusieurs mandats pour lesquels je me suis engagé à long terme et parce que je suis attaché à l’implantation de notre entreprise à Cheseaux.

– A titre privé, où se trouve votre famille?

– Il s’agit de ma vie privée. Mais, là aussi, je dois faire la navette entre les deux continents.

– Où payez-vous vos impôts?

– Aujourd’hui uniquement en Suisse. A l’avenir, je m’attends à une répartition entre la Suisse et les Etats-Unis, en fonction de la réglementation fiscale américaine et en application des conventions de double imposition.

– Pour en revenir à votre société, comment les effectifs vont-ils évoluer? Il y a six mois, 700 personnes travaillaient aux Etats-Unis et près de 800 en Suisse.

– Environ 800 collaborateurs travailleront aux Etats-Unis contre un peu moins de 800 en Suisse. Il y a clairement une croissance américaine et un tassement ailleurs. Au total, les effectifs se montent à 3950 personnes, réparties dans 33 pays.

– Il y aura donc des licenciements en Europe?

– Nous prévoyons des ajustements des structures de coûts sur les différentes entités du groupe, notamment en Europe, afin d’améliorer notre excellence opérationnelle. Nous allons y travailler ces prochains mois. Il est impératif de réaliser une adaptation entre les marchés classiques et les nouveaux marchés. Nous comptons transférer des talents entre les secteurs, par exemple entre la TV numérique et la cybersécurité ou l’Internet des objets. Nous allons aussi simplifier et rationaliser les différents sites. Chacun d’entre eux se spécialisera dans un nombre limité de secteurs.

– Pouvez-vous chiffrer ces restructurations?

– Pour l’instant, cela est difficile à dire. Mais nous espérons avoir un impact aussi faible que possible.

– Votre siège social restera-t-il à Cheseaux?

– Il restera en Suisse. Tout comme la recherche et le développement. Nous allons aussi lancer sur notre site vaudois un centre d’excellence pour la sécurité de l’Internet des objets afin de répondre aux besoins croissants en matière de protection des objets connectés. Nous avons revu notre organisation interne et créé une équipe spécifique qui valorisera les compétences et les forces clés du groupe. Une dizaine de personnes intégreront ce centre d’excellence, qui est appelé à grandir.

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