Andreas Dombret est l’un des six membres du directoire de la Bundesbank, la banque centrale allemande, et chargé de la surveillance. Invité cette semaine au Centre international d’études monétaires et bancaires de l’Institut des hautes études internationales et de développement de Genève, il a expliqué pourquoi l’Allemagne ne voulait du Fonds de résolution unique à ce stade. Ce troisième pilier de l’union bancaire, mis en place pour prévenir de nouvelles crises bancaires, est censé compléter le Mécanisme de supervision unique et le Mécanisme de résolution unique. Il viendrait, par le biais d’un mécanisme dit «Garantie des dépôts bancaires», en aide aux institutions en difficulté.

Pour Andreas Dombret, les banques européennes détiennent encore trop – 900 milliards d’euros (1300 milliards de francs) – de créances douteuses. «Ce n’est pas par manque de solidarité, mais avant de participer au fonds, nous demandons un assainissement des bilans des banques», a-t-il déclaré. Auparavant, il a répondu aux questions du Temps tant sur l’économie allemande que sur la zone euro.

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Le Temps: Quels sont, à vos yeux, les premiers facteurs qui expliquent la forte croissance allemande (2,2% en 2017)?

Andreas Dombret: Un marché du travail dynamique qui soutient la consommation privée, les exportations qui alimentent l’activité économique et les investissements des entreprises qui progressent. Le taux de croissance en Allemagne est à présent à son plus haut niveau depuis six ans.

L’idée que des dépenses publiques en Allemagne donneront une impulsion à la croissance dans la zone euro est erronée

Une forte croissance et un faible taux de chômage mènent à une hausse salariale. Un tel phénomène ne serait-il pas un défi pour l’économie allemande?

Les salaires augmentent modérément même s’il existe encore une certaine marge vers le haut. Si la hausse devait dépasser celle de la productivité sur une longue période, la compétitivité en pâtirait. Le récent accord dans l’industrie des métaux et dans l’industrie d’ingénierie électrique semble indiquer que la pression sur les salaires et, par conséquent, sur les prix augmentera. Mais l’économie allemande semble être en mesure de gérer une hausse.

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Des dirigeants européens, mais aussi le Fonds monétaire international, ont demandé à Berlin d’engager des dépenses publiques pour donner un coup de pouce à l’ensemble de la zone euro. Qu’en pensez-vous?

Je ne vois pas la nécessité d’une politique monétaire expansionniste en Allemagne. Au contraire, il serait plus prudent d’investir le surplus budgétaire pour faire face aux futurs défis démographiques. L’idée que des dépenses publiques chez nous donneront une impulsion à la croissance dans la zone euro est erronée. Elles ne produiront pas les effets désirés dans la mesure où les valeurs des produits et services importés sont faibles. Des investissements ciblés dans la recherche et l’éducation, notamment dans l’infrastructure numérique, augmenteront notre potentiel de croissance.

Comment les autres Etats de la zone euro pourraient-ils profiter de la croissance allemande?

La croissance est de retour dans l’ensemble de la zone euro. Elle était synchronisée autour de 2,5% l’an dernier et cette tendance devrait se poursuivre en 2018. Ce qui veut dire que la croissance allemande profite déjà aux autres pays de la zone euro.

L’euro est-il surévalué? Un euro fort poserait-il un problème aux exportations, sachant que celles-ci constituent un pilier de la croissance allemande?

Le taux de change ne relève pas de la politique monétaire dans la zone euro. Dès lors, l’euro ne saurait être trop fort ou trop faible. L’évolution des monnaies est importante dans la mesure où elle peut influencer l’inflation. Toutefois, des études récentes montrent que l’influence du taux de change sur l’inflation s’est quelque peu affaiblie dans la zone euro. Je dois néanmoins ajouter que la monnaie unique a passablement fluctué ces dernières années, mais cela n’a pas eu d’impact visible sur nos exportations.

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L’heure est-elle venue pour resserrer la politique monétaire de la Banque centrale européenne?

Vu la faible pression inflationniste [ndlr: 1,2% dans la zone euro en 2018] qu’on voit à présent, je crois qu’une politique monétaire accommodante reste appropriée dans la zone euro. Je pense même que la politique monétaire restera détendue au-delà de la fin du programme de rachats d’actifs par la BCE.