Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Comme tous les petits garçons, Andreas Schollin-Borg voulait devenir un super-héros. Contraint de revoir ses ambitions, le jeune homme de 29 ans s’est tourné vers les «héroïnes du quotidien» – nos femmes de ménage.
© Darrin Vanselow

Portrait de Der

Andreas Schollin-Borg, sur les toits de Gotham

A 29 ans, ce Vaudois est à la tête du plus grand espace de coworking de Suisse, de la plateforme de ménage à domicile Batmaid et d’un hôtel à Verbier. Grand fan de Batman, il façonne son univers à l’image du héros de DC Comics qui «fait le bien sans sortir de l’ombre»

Petit, il aimait porter des costumes de super-héros. Mais il y en a un qui avait, pour Andreas Schollin-Borg, un charisme tout particulier: Batman. Plus sombre et plus profond que ses homologues, l’homme chauve-souris de DC Comics a toujours eu quelque chose en plus. Pour l'entrepreneur, il «fait le bien sans sortir de l’ombre».

Comme tous les petits garçons, Andreas Schollin-Borg voulait devenir un super-héros. Contraint de revoir ses ambitions, le jeune homme de 29 ans s’est tourné vers les «héroïnes du quotidien» – nos femmes de ménage – qu'il a tenté de fédérer à travers une plateforme numérique. Elles aussi ne sortent que rarement de l’ombre.

«Héroïnes de l’ombre»

Dans les locaux de l’espace de coworking Gotham!, le logo de la plateforme de ménage à domicile est bien visible. Le «i» de Batmaid est orné d’un petit masque de chauve-souris et la marque est entourée d’un petit drapeau suisse et d’une cloche au centre d’un faisceau. Un clin d’œil au «Bat signal», le projecteur du commissaire Gordon pour demander l’aide du super-héros.

Lancez Andreas Schollin-Borg sur le sujet et il ne s’arrêtera plus. «Ces femmes sont venues du Portugal, d’Espagne ou de pays africains dans les années 80. Elles voulaient rentrer dans leur pays après quelques années. Mais leurs enfants sont devenus grands et ils n’ont plus voulu repartir. Les projets des mamans sont tombés à l’eau. Et, comme elles avaient passé leur vie à travailler au noir, elles se sont retrouvées sans retraite ni filet de protection.»

Derrière la plateforme de mise en relation (financée grâce à une commission entre 0 et 9 francs de l’heure, selon la fréquence des ménages), le projet de Batmaid, c’est aussi de régulariser leur situation professionnelle, en s’assurant que leurs employeurs cotisent, pour elles, aux assurances sociales.

Entassés à 12 dans un salon

Malgré le surcoût par rapport au marché noir, le concept a pris. Batmaid fait désormais travailler quelque 1000 personnes et 30 employés font tourner le site depuis Gotham!.

Il semble aujourd’hui loin le temps où la petite équipe de Batmaid s’entassait à 12 dans l’appartement lausannois de son cofondateur. «Il ne me restait plus que ma chambre à coucher et la salle de bains, se souvient-il. Le week-end, je ne trouvais même pas de place pour regarder un film.»

Andreas Schollin-Borg dit pourtant avoir préféré accueillir son équipe dans son appartement de 115 m² (tout de même!) que dans le bureau sans fenêtres que lui louait un groupe de coworking, désormais concurrent. Car c’est de cette expérience négative qu’est né Gotham!. Inauguré en septembre, le plus grand espace de coworking de Suisse accueille déjà toutes sortes de start-up.

Dans les rues de Gotham

Dans les 2300 m² de dédales de Gotham!, des femmes de ménage avec leur poussette croisent la route de jeunes entrepreneurs en trottinette sur des tapis aux motifs urbains, tout cela sous le regard d’un gigantesque Batman.

Andreas Schollin-Borg rêve déjà de créer une crèche et de développer l’aspect social de cet empire de la «coolitude» qui accueille déjà un bar, un toboggan et des tables de ping-pong. Il assume son côté «justicier», convaincu que «les jeunes ne veulent plus travailler pour des grandes boîtes».

Ses ambitions ont nécessité d’importants moyens. Quelque 300 000 francs pour lancer Batmaid. Les économies destinées à l’achat d’un appartement, des prêts d’amis et les réserves d’Andreas Schollin-Borg et de son compagnon d’armes Eric Laudet, rencontré lors d’une partie de «beer-pong» alors qu’ils étaient étudiants. C’est ensemble qu’ils dirigent Batmaid et Gotham!.

Le pacte paternel

C’est peu dire qu’Andreas Schollin-Borg avait l’entrepreneuriat dans le sang. Côté maternel, il est issu d'une famille qui a fondé le groupe électroménager suédois Electrolux et, côté paternel, la verrerie de Monthey. «Je me suis tout de suite rendu compte que j’avais envie de créer quelque chose. Mais on m'a conseillé d’attendre de finir mes études.» Il promet à son père de faire deux ans en entreprise.

Il fait ses études à HEC Lausanne puis à l’Université de Genève, pour un master en négoce et transport maritime. En parallèle, il finit ses deux ans dans une société de transport maritime lausannoise. Un employeur dont il parle bien encore aujourd’hui. Mais Andreas Schollin-Borg regarde déjà vers d’autres horizons. Après 24 mois, il annonce à son père qu’il a posé sa démission. Il part six moix pour New York. Un «break» qui lui permet de rentrer avec le concept Batmaid, inspiré par la plateforme américaine Handy.

Les leçons de la vieille école

Au moment où il lançait sa start-up, Andreas Schollin-Borg se voit confier la gestion de l’hôtel Bristol de Verbier où son père avait établi sa clinique (avant de racheter tout l’édifice). A 82 ans, le médecin se sentait trop âgé pour faire face à la désertion touristique. «Je rentrais de Verbier à deux heures du matin pour me lever à six heures lendemain. J’ai passé un an à manger des spaghettis, sans prendre de week-end ni de vacances.»

Mais le travail finit par payer. Le jeune entrepreneur change toute l’équipe et se lance dans une rénovation complète de l’hôtel, chambre par chambre. Un chantier qui dure depuis plus de trois ans, mais qui permet de maintenir les chambres pleines et surtout d’autofinancer les travaux.

Un mode de financement qu’il privilégie – contrairement à l’esprit start-up – pour toutes ses entreprises. Peut-être un zeste de vieille école chez celui qui n’est pas encore trentenaire. Bruce Wayne aurait sûrement apprécié.


Profil

1988 Naissance à Lausanne, le 26 avril.

2013 Termine son master en trading et shipping, à l’Université de Genève, et travaille en parallèle pour une entreprise de transport maritime, Ifchor.

2014 Débuts de Batmaid et reprise de l’hôtel Bristol.

2016 Ouverture de Gotham! à Lausanne, dans les anciennes halles de tri postal.

2018 Extension de Batmaid à la jardinerie, à la plomberie et à l'électricité et mise en place d’un service de nettoyage destiné aux entreprises.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)