Comment se porte Salt? L’opérateur de téléphonie mobile est avare de chiffres. Au contraire de Swisscom et Sunrise, cotés en bourse et publiant ainsi leurs résultats tous les trois mois, Salt ne dit rien. Tout au plus l’opérateur basé à Renens (VD) et propriété de l’homme d’affaires français Xavier Niel depuis fin 2014 communique-t-il certaines données chaque mois d'avril. Et pourtant, Salt est en mouvement. Début novembre, il licenciait à nouveau une vingtaine d’employés. L'entreprise en compte désormais entre 700 et 800, contre 1700 lors du pic de 2002. Et il devient en parallèle agressif sur les prix en vendant actuellement un abonnement moitié prix.

Directeur de Salt depuis le 15 mars, Andreas Schönenberger, qui avait dirigé Google Suisse durant quatre ans, explique sa stratégie.

Le Temps: Début novembre, l’on apprenait que vous aviez licencié une vingtaine d’employés supplémentaires, après une restructuration plus vaste encore en 2015. Pourquoi de telles coupes dans les effectifs?

Andreas Schönenberger: Suite à une analyse de notre dispositif de vente, nous avons décidé de regrouper nos activités liées à la clientèle privée et commerciale. Cela nous permet de standardiser nos processus et d'être plus efficace. Nous pouvons fournir un meilleur service à nos clients, notamment aux petites et moyennes entreprises. Dans ce contexte, des postes redondants ont effectivement dû être supprimés.

- De nouvelles coupes sont-elles prévues?

- Récemment, le marché de la téléphonie mobile est devenu nettement plus dynamique et plus compétitif. Comme toute entreprise, Salt doit sans cesse s’adapter au marché et nous continuons à optimiser notre structure. En parallèle, notamment via l’internalisation de la gestion du réseau, Salt a engagé 35 résidents suisses cette année à Renens.

- Plusieurs observateurs vous soupçonnent de diminuer vos investissements dans le réseau…

- L’internalisation de la gestion du réseau nous a permis de l'améliorer de manière précise, intelligente et ciblée. Juger les investissements dans le réseau uniquement à travers le ratio investissements/chiffre d’affaire est limitatif. Nos concurrents dépensent 21% (ndlr: Swisscom) et 14% (ndlr: Sunrise) en termes d’investissements par rapport au chiffre d’affaire (ndlr: le ratio de Salt est d’environ 12%). Et celui qui dépense moins a eu la meilleure note lors du récent test de réseau «Connect»...

- Reste que vous demeurez, année après année, troisième et dernier de ce test «Connect».

- Nous travaillons sans cesse à l’amélioration de la qualité de notre réseau. Cependant, il faut aussi relativiser. Notre réseau est jugé «très bon» par «Connect» et fait partie de l’élite au niveau européen. Lors d’un test effectué début novembre par l’émission «Kassensturz» de la télévision alémanique à quatre endroits, notre réseau a globalement obtenu les meilleurs résultats. Cette année, nous avons amélioré ou créé 450 sites d’antennes. Notre réseau est performant.

- Parlons des tarifs. Vous proposez votre abonnement standard illimité à 29 francs par mois durant deux ans, au lieu de 59 francs. Pourquoi une telle agressivité?

- Ce sont d’excellentes nouvelles pour nos clients et les consommateurs suisses. Grâce à Salt, le marché est devenu plus dynamique. En effet, nous constatons un net développement du nombre de clients enclins à changer d’opérateur.

- Swisscom, via sa marque Wingo, vient de lancer un abonnement mobile illimité à 55 francs par mois, moins cher que le vôtre hors promotion. Craignez-vous cette concurrence?

- Nos offres sont attractives et incluent un service à la clientèle de haut niveau et, lui, gratuit. Tous nos abonnements comprennent une vitesse d’accès à Internet non bridée, ce qui n’est pas forcément le cas chez nos concurrents. 

- Début 2016, le nombre de vos clients en prépayé s’était effondré de 119000 unités. Qu’en est-il actuellement?

- Je ne peux pas vous donner de chiffre mais nous sommes contents de l’évolution que nous constatons dans des segments importants pour nous. Nous publions désormais nos chiffres une fois par année.

- Cette absence de chiffre, la restructuration permanente et les résultats du test «Connect» créent un sentiment négatif autour de Salt. Qu’en pensez-vous?

- Je le regrette, mais ce que je vois tous les jours sur le terrain m’encourage. Nous sommes en progression et étudions continuellement le marché. Pouvoir agir sans la pression de la bourse constitue un avantage important. Nous pouvons nous concentrer sur nos objectifs à long-terme et ne sommes pas contraints à présenter des résultats trimestriels.

- Vous avez récemment perdu Mobilezone comme revendeur. Qu’en est-il?

- Nous avons revu notre stratégie de distribution en mettant l’accent sur nos canaux directs – nos 85 magasins et la vente de nos produits et services via Internet. Nous souhaitions également maintenir plusieurs canaux indirects performants. Dans ce contexte, nous avons revu nos contrats commerciaux et les avons soumis à tous nos distributeurs. Mobilezone n’en a pas voulu.


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