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Anja Loetscher, directrice du Bureau des congrès de Genève.
© David Wagnières

Portrait

Anja Loetscher, la faiseuse de congrès

Surnommée «le tsunami» à l’interne, elle a généré près de 600 millions de francs de retombées économiques pour Genève ces dix dernières années. La prêtresse des réunions professionnelles tirera sa révérence l’automne prochain

Anja Loetscher est inépuisable. C’est en grande partie d’elle, et de ses dix collaborateurs, que dépend l’essentiel des nuitées au bout du Léman. La directrice du Bureau des congrès incarne l’atout institutionnel de Genève Tourisme. Ses collègues la surnomment «le tsunami», en référence à l’énergie qu’elle déploie pour vendre le canton et en faire une destination phare en termes de réunions associatives, de séminaires d’entreprises, de salons ou d’expositions nationales et internationales. Son bilan, sur cette dernière décennie: plus de 589 millions de francs de retombées économiques pour la place genevoise. Et un carnet de commandes qui s’étend jusqu’en 2022. Vertigineux.

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Anja Loetscher assume pleinement son «workaholisme». Une addiction qui lui confère l’étiquette de locomotive commerciale, abattant chaque année plusieurs centaines de dossiers à fort potentiel de visibilité. C’est à elle que l’on doit notamment la visite, en 2010 et l’été dernier, de plus de 2000 employés de multinationales chinoises à Genève. C’est aussi grâce à elle que s’apprêtent – les négociations sont en cours – à débarquer, dans environ six mois, un autre millier de fournisseurs indiens autour de l’horloge fleurie. Soit autant d’opérations marquantes qui ont hissé cette machine de séduction parmi les 25 personnalités de l’industrie des réunions les plus influentes du monde.

La distinction surprise

Mieux, la faîtière européenne de la branche (mbt Meetingplace) vient de lui décerner, ce mardi à Francfort, son trophée de l’excellence (MICE Achievement Award 2017), catégorie «réalisations exceptionnelles, de caractère inspirant et faisant figure de balise pour l’ensemble du secteur». Une consécration qui intervient quelques semaines après que Genève a décroché un «Oscar» en matière de tourisme de loisirs. «Je suis très honorée, mais néanmoins étonnée de recevoir cette nouvelle récompense d’individus que je ne connaissais pas personnellement», confie Anja Loetscher, un sourire triomphant dominé par un regard émeraude interloqué.

Le bout du Léman est-il à ce point à l’avant-garde de l’industrie des congrès? La lauréate, censée personnifier l’innovation genevoise en matière de salons internationaux et autres séminaires d’entreprises, a été élue à la suite d'un scrutin secret. «En dix ans, la progression de nos activités a été spectaculaire. Genève est aujourd’hui sur toutes les lèvres», assure la magicienne du rassemblement professionnel. Et de préciser: «Mais j’ai aussi été choisie parce que je suis une femme.»

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Un héritage de nomade

Anja Loetscher est née à Hambourg. Fille d’ambassadeur, elle a vécu en Ethiopie jusqu’à l’âge de 18 ans. Celle qui a ensuite suivi son ex-mari hôtelier aux quatre coins de la planète maîtrise cinq langues: l’allemand, l’anglais, le français, le turc et l’amharique. «On me répète parfois qu’il faut que je choisisse, mon problème étant que je mélange régulièrement les idiomes lorsque je m’exprime», signale la stratège de la vente, qui dit avoir véritablement commencé sa carrière à l’âge de 40 ans.

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A l’époque, Anja Loetscher dirigeait une cinquantaine de personnes chez Kempinski. Genève Tourisme l’a recrutée en 2007 pour faire monter en puissance son Bureau des congrès, alors encore en gestation. «J’ai depuis complètement restructuré notre activité, via une approche par «clusters» [ndlr: bassin d’emplois et d’entreprises du même secteur], plutôt que par marchés. Genève a été parmi les précurseurs en Europe à adopter cette stratégie», explique celle qui travaille depuis encore plus étroitement avec l’Etat, la promotion économique cantonale, l’alma mater et les Hôpitaux universitaires de Genève, le Campus Biotech ou encore le CERN.

Plus que de remplir des lits, notre mission est d’alimenter le tissu économique genevois, dans une perspective de création d’emplois

Anja Loetscher

Doper l’économie, pas le tourisme

Anja Loetscher dit ne pas s’occuper de tourisme d’affaires. Mais d’affaires tout court. «Plus que de remplir des lits, notre mission est d’alimenter le tissu économique genevois, dans une perspective de création d’emplois», insiste-t-elle. C’est-à-dire de promouvoir la créativité locale, en vendant ce savoir-faire à l’extérieur.

Ses rêves pour que la destination du bout du Léman monte encore en gamme: fonder une maison de l’économie, sorte de tour de contrôle chargée d’aiguiller les réunions (80% d’entre elles ont un caractère scientifique) en adéquation avec l’écosystème genevois. Mais aussi mettre en place un Bureau des congrès lémanique, pour travailler en complémentarité avec le biotope vaudois et, enfin, établir un calendrier commun avec la Genève internationale.

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Anja Loetscher aime contempler le ciel – elle est membre de la société britannique de reconnaissance des nuages – et ne s’imagine pas vivre autrement que les pieds dans l’eau, un élément d'où elle pense puiser son énergie. «Je me lève aussi tous les matins à 5h15, pour méditer. C’est mon côté asiatique», indique celle dont les cheveux sont baignés de rayons de soleil.

Genève dans la peau

La directrice du Bureau des congrès partira à la retraite à l’automne prochain. «Je m’y suis préparée, mais cela ne sera pas facile, livre-t-elle les yeux embués. Genève était devenue ma seconde peau.» Toutefois, dans moins d’un an, le téléphone d’Anja Loetscher ne cessera pas de sonner pour autant. La future indépendante partagera son temps entre sa société PURPLEconexion (coaching de dirigeants, envoyés par petits groupes en pèlerinage à Pondichéry), l’analyse de destinations pour une entreprise externe depuis Munich et le partage de son expertise pour la plus grande firme chinoise de l’événementiel Bravolink (ex-CYTS).

Aucun regret? «Non, mais une rude déception: celle de ma fille, qui s’imaginait gagner à travers ma retraite une nouvelle baby-sitter à 100%. C’est raté», conclut Anja Loetscher.


Profil

1954 Naissance le 14 août, à Hambourg, sous le signe du Lion (ascendant Lion).

1978 Mariage. Elle travaille ensuite pour Japan Airlines, à Dubai.

1980 Professeure d’ikebana (art traditionnel japonais basé sur la composition florale) à Bangkok. Elle donne naissance, deux ans plus tard, à sa fille unique, Caroline.

1983-1993 Gère les boutiques Benetton au Bahreïn, importe des vêtements haut de gamme indiens, devient l’ambassadrice des chocolats canadiens Laura Secord à Hongkong, reçoit sa licence de pilote d’avion à Darwin (Australie), publie un livre sur les façons de nouer un paréo à Tahiti et s’improvise «Brownie Leader» au Bangladesh.

1994 Après avoir divorcé à Istanbul, elle entame une nouvelle vie professionnelle en tant que réceptionniste, puis gère la distribution de la marque Astron Hotels à Munich.

1999 Responsable de TravelClick Europe. Elle est ensuite nommée vice-présidente des ventes pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique au sein du groupe Kempinski.

2006 Décroche un MBA et ouvre l’année suivante le Bureau des congrès de Genève.

2011 Master international en gestion du vin en poche, elle inaugure 78 km de sentiers viticoles dans le canton de Genève.

2015 Obtention d’un diplôme de coaching (Royaume-Uni). Après avoir figuré parmi les 25 personnes les plus influentes de l’industrie des réunions du monde, la faîtière européenne mbt Meetingplace vient de lui décerner le prix MICE Achievement Award 2017. Anja Loetscher doit prendre sa retraite dans huit mois.

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