Malgré la crise du crédit aux Etats-Unis et ses conséquences sur les marchés d'actions, le nombre d'entrées en bourse (IPO) n'a jamais été aussi élevé, au plan mondial, qu'en 2007. Les 1739 IPO recensées entre janvier et novembre dépassent déjà l'ensemble de 2006, selon un rapport de Ernst & Young publié lundi. Les capitaux récoltés par ces transactions, qui totalisent 255 milliards de dollars sur onze mois, contre 246 milliards en 2006, sont au plus haut de l'histoire.

La palme revient à la Russie

Ernst & Young s'attend à voir une accélération en fin d'année, à l'instar de 2006: «Les données préliminaires des deux premières semaines de décembre indiquent qu'il y aura encore 91 IPO qui lèveront 18 milliards de dollars.»

Cette frénésie d'entrées en bourse s'est poursuivie alors que les fusions et acquisitions ont, elles, chuté de 33% depuis juillet aux Etats-Unis, où les coûts de financement des fonds de capital investissement ont plus que doublé depuis juin. Ce phénomène concomitant suggère que la liquidité s'est déplacée du private equity vers les marchés d'actions primaires, en premier lieu émergents.

La palme de la plus grande IPO revient à la Russie, avec VTB Bank, qui a récolté 8 milliards de dollars, assez loin toutefois derrière l'opération maîtresse de 2006, qui avait vu la banque chinoise ICBC lever 22 milliards de dollars à Hongkong.

A l'instar de 2006, l'activité des entrées en bourse reste largement tirée par les pays émergents, ce qui explique l'effet très limité de la crise «subprime». Les entreprises des économies émergentes représentent 14 des 20 plus grandes cotations de l'année, selon Ernst & Young. L'Asie-Pacifique se taille la part du lion, avec 46% de toutes les IPO, devant l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique (35%), et l'Amérique du Nord, qui affiche un faible 14%. En termes de capitaux levés, l'Asie-Pacifique, avec 38%, éclipse l'Amérique du Nord (16%). Par secteur, les financières continuent de dominer, incarnant 25% des montants levés.

Le leadership des «BRIC» se traduit par le fait que le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine ont ensemble levé 106,5 milliards de dollars à la faveur de 382 mises en bourse, contre 89,6 milliards l'an dernier et 302 transactions. A l'intérieur de ce groupe, la Chine vole la vedette, générant plus d'IPO (209) que la Russie, le Brésil, et l'Inde combinés (173). L'Empire du Milieu figure aussi dans le peloton de tête en termes de capitaux levés.

Gottex en vedette sur SWX

En Suisse, le record historique atteint par l'indice vedette SMI en juin (9531 points) n'a pas découragé les offres publiques initiales, malgré le risque de survalorisation caractéristique de ces phases boursières. «L'accueil très positif réservé à ces IPO prouve que ce sont des sociétés solides et convaincantes, et que le marché suisse fait preuve d'une sélectivité accrue des candidats aux cotations», estime Jérôme Vial, spécialiste des marchés des capitaux chez Ernst & Young Suisse. Dix sociétés ont rejoint SWX cette année, contre 8 en 2006, mais pour une capitalisation totale inférieure. Elles appartenaient à divers secteurs: des financières (Gottex Fund Management, VZ Holding) aux biotechs (Cosmo et Addex), en passant par les technologiques (Uster Technologies, Newave, U-blox). Gottex s'avère de loin la plus grande transaction, levant 608 millions de francs. L'an dernier, Petroplus (2,5 milliards) avait dominé le paysage des IPO suisses. Concernant les douze prochains mois, Jérôme Vial se dit optimiste, observant «un pipeline solide de transactions en préparation dans divers secteurs».

La vigueur des IPO globales contraste avec une volatilité record depuis cet été de la bourse américaine, chahutée par l'éclatement de la crise des hypothèques américaines «subprime». Cela n'a pas été sans conséquences sur le New York Stock Exchange, qui n'a attiré que 3,6% des IPO, à la faveur de rares mais importantes opérations, dont Blackstone Group. Londres n'a attiré pour sa part que 2% des IPO, mais a pu capter 10% des capitaux levés grâce à la double cotation de groupes russes à Moscou et à Londres, dont VTB Bank.

Reste qu'en général, «les entrées en bourse de cette année étaient planifiées avant la crise des subprime»», rappelle Jérôme Vial. Celles de 2008 étant programmées cette année, c'est l'an prochain que l'on prendra la pleine mesure des effets de la crise sur les cotations à New York.