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Des années de hausse pour les émergents?

Les marchés émergents présentent un rendement très supérieur aux pays développés en 2017. A l’inverse du passé, les risques politiques se concentrent sur les pays industrialisés, comme les Etats-Unis et la France

«En 2027, la Chine aura franchi une nouvelle étape. Elle aura atteint le stade de pays à haut revenu selon la classification de la Banque mondiale (au-dessus de 12 475 dollars par an)», prévoit une étude de Morgan Stanley. Le progrès, c’est maintenant: 40% des Asiatiques s’attendent à une amélioration de leur situation financière ces six prochains mois, selon une autre enquête auprès de 14 000 ménages et réalisée par l’institut Nielsen pour Credit Suisse. La consommation s’accélère. Les loisirs et le tourisme représentent déjà 10% du revenu des ménages.


Pourtant les émergents n’attirent les investisseurs que de façon sélective. «Les actions émergentes représentent 4% d’un portefeuille équilibré et les obligations émergentes également 4%, soit un total de 8%», explique Jérôme Audran, analyste auprès d’UBS. «Cela signifie que nous sommes neutres par rapport à notre allocation stratégique de long terme. Nous préférons actuellement les actions américaines», ajoute-t-il.

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Encore 2 à 3 ans de hausse?

La tendance des actions émergentes est favorable depuis plus d’un an, après quatre années de sous-performance. Xavier Hovasse, gérant auprès de Carmignac, ne serait pas surpris qu’elles surperforment encore 2 à 3 ans.

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«L’évaluation des actions émergentes reste attractive et plus avantageuse que la moyenne historique, mais néanmoins vulnérable à une hausse des taux plus rapide en 2017 aux Etats-Unis et aux incertitudes concernant la politique commerciale», analyse Philipp Lisibach, directeur des solutions d’investissement de Credit Suisse. Son opinion neutre par rapport aux indices laisse supposer que ces actions devraient continuer de présenter une performance proche des actions mondiales.

La Chine joue un rôle moteur. En actions, c’est le tiers de l’indice émergent. «Mon opinion sur les émergents, c’est mon opinion sur la Chine», résume Xavier Hovasse. Or ce dernier se déclare très optimiste sur l’Empire du Milieu.

La Chine, premier marché internet au monde

L’indice chinois est certes fortement pondéré en grands groupes bancaires opaques et appartenant à l’État. Mais les géants d'Internet sont souvent davantage appréciés des analystes. «La Chine est le plus grand marché internet, avec 731 millions d’utilisateurs et une pénétration de plus de 90% auprès des 10 à 39 ans», constate Morgan Stanley.

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Chez Credit Suisse, la Chine fait partie des deux pays émergents préférés en raison de la tendance favorable du cycle. La grande banque recommande aussi bien des banques comme Bank of China que des titres internet comme Alibaba, Tencent, ou le groupe de tourisme Ctrip. «L’autre recommandation positive porte sur la Pologne. Cette dernière, où les banques et l’énergie forment l’essentiel de l’indice, plaît en raison de la hausse des bénéfices et de la croissance économique», indique Philipp Lisibach.


Jusqu’ici en 2017, «les actions émergentes ont gagné 13% en dollars et 9% en monnaies locales. Les monnaies émergentes s’apprécient en effet cette année», poursuit Jérôme Audran, d’UBS. La grande banque s’attend à la poursuite d’une hausse des actions émergentes ces six prochains mois. Elle privilégie d’ailleurs ces dernières par rapport aux obligations d’entreprises dans son allocation tactique spécifique aux émergents. UBS surpondère la Chine, l’Inde, la Russie, la Thaïlande, l’Afrique du Sud. A l’inverse, elle sous-pondère Taiwan et la Malaisie.

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Les menaces Trump et Le Pen

Les experts désignent les risques politiques des pays industrialisés comme les principales menaces de corrections des titres émergents, à commencer par la France et les Etats-Unis. «Si Marine Le Pen est élue, un scénario dont la probabilité est actuellement de 40%, alors ce sera mauvais pour les actifs à risque, dont notamment ceux des pays émergents européens comme la Hongrie et la Pologne», avance Jérôme Audran.

La future politique du nouveau président américain fait également planer une grande incertitude sur l’Asie ou l’Amérique latine. «Le risque Trump est neutre pour l’investisseur parce que le scénario d’une accélération de la croissance à la suite de sa réforme fiscale et des projets d’infrastructures est contrecarré par les craintes de tarifs commerciaux et de taxes d’ajustement à la frontière (BAT)», explique Jérôme Audran. «L’introduction d’une taxe d’ajustement à la frontière serait disruptive pour les marchés des changes, le commerce international et la chaîne globale de valeur», indique une étude d’UBS. «Les marchés n’ont pas encore anticipé son introduction», ajoute l’analyste de la banque. Les temps semblent révolus où ce sont les dirigeants des pays émergents qui faisaient courir un risque majeur aux investisseurs.

Pour l’heure, UBS privilégie toutefois les actions américaines aux émergentes, selon Jérôme Audran. Mais ces dernières devraient s’apprécier, en particulier par rapport aux obligations d’entreprises émergentes. Quatre raisons expliquent ce choix. La première concerne la croissance économique. Cette dernière est en phase d’accélération et devrait passer de 4,4 à 4,9%. L’écart par rapport aux pays industrialisés est en augmentation. La deuxième traduit la hausse attendue des bénéfices des entreprises (+3 à 7%). La troisième porte sur les valorisations. Celles-ci correspondent à la moyenne historique, explique Jérôme Audran, mais la tendance à l’accélération de la croissance économique et des bénéfices devrait se traduire par une prime supérieure.

Enfin, quatrième facteur clé, la volatilité est très basse actuellement et des monnaies émergentes telles que le rouble et le réal brésilien se sont appréciées. Or la dette des entreprises émergentes est fréquemment libellée en dollars.

Dans les obligations émergentes, chez Credit Suisse, Philipp Lisibach surpondère les obligations émergentes tant en monnaies fortes qu’en devises locales. La préférence, en monnaies locales et en monnaies fortes, est clairement accordée à l’Amérique latine, notamment à l’Argentine.
UBS est neutre sur la dette émergente car le fort resserrement des écarts de crédit a rendu ces valorisations moins attractives. Jérôme Audran recommande notamment la dette du Brésil, l’Argentine, la Colombie ou l’Indonésie.

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