Soupçonné d'avoir abusivement favorisé les banques italiennes contre des groupes étrangers au point de se retrouver mêlé à un scandale financier, le gouverneur de la Banque d'Italie, Antonio Fazio, n'a pas effectué la moindre autocritique. Pratiquement muet depuis plusieurs semaines, malgré la publication dans la presse d'écoutes téléphoniques compromettantes, Antonio Fazio était entendu hier par le comité interministériel pour le crédit et l'épargne (CICR).

Devant six représentants du gouvernement Berlusconi, il a ainsi défendu son action, affirmant que «la Banque d'Italie a scrupuleusement respecté les normes communautaires et nationales». Le gouverneur a catégoriquement rejeté l'accusation selon laquelle il aurait en particulier privilégié l'opération de son ami Gianpiero Fiorani, le patron de la Banca Popolare Italiana (BPI), qui s'est mis en travers de l'offensive des Néerlandais d'ABN Amro sur la banque italienne Antonveneta. Apprenant le 11 juillet dernier qu'Antonio Fazio l'autorisait à lancer une contre-OPA, l'homme d'affaires lui avait lancé par téléphone: «Tonino, comme je suis ému. Si je pouvais, je t'embrasserais sur le front.» Aujourd'hui, Gianpiero Fiorani est inculpé par la magistrature de Milan pour agiotage et délits d'initié. Malgré cela, Antonio Fazio continue de soutenir que «la BPI respectait les critères minimaux obligatoires» pour lancer la contre-OPA.

Pressé de démissionner par l'opposition de gauche et par le patron des patrons, Luca Cordero di Montezemolo, qui estime qu'il a «miné la crédibilité et l'impartialité du système», Antonio Fazio n'a pas envisagé battre en retraite. Il n'a même pas évoqué le projet de réforme de la Banque d'Italie qui aurait pu lui permettre de sortir en douceur. Hier, ses partisans au sein du gouvernement estimaient que l'affaire devait en rester là. A l'inverse, certains ministres, dont celui de l'Economie, Domenico Siniscalco, considèrent que la question du mandat à vie d'Antonio Fazio devra être rediscutée au prochain Conseil, le 2 septembre, pour rétablir une crédibilité du pays aujourd'hui «dévastée».