Le ciel s’est dégagé sur les marchés vendredi. L’Italie a emprunté 8,5 milliards d’euros à six mois à des taux en nette baisse (2,454% contre 2,957% lors du dernier emprunt). Les marchés du Vieux Continent ont tous terminé la séance sur des valeurs positives, allant de +3,91% à Madrid à +1,36% à Zurich. Les taux des obligations espagnoles à dix ans s’échangeaient à 6,7% contre un plus haut à 7,7% mercredi.

Une seule déclaration a suffi pour inverser la tendance négative du début de la semaine. Jeudi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a assuré qu’il était prêt à faire «tout ce qui était nécessaire pour préserver l’euro». Avant de renchérir: «Croyez-moi, ce sera suffisant…»

Vendredi, comme en écho, Angela Merkel et François Hollande se sont dits «déterminés à tout faire pour protéger la zone euro». Autant de déclarations qui ont réconforté les investisseurs.

«C’était une semaine étrange», reconnaît Michel Juvet, chef économiste de la banque Bordier. Et pour cause, depuis vendredi passé, un flot de mauvaises nouvelles s’est abattu sur la zone euro. Trois exemples parmi d’autres: un plan d’aide aux banques espagnoles présenté par l’Eurogroupe jugé non convaincant, une aggravation de la récession et du chômage en Espagne et l’avertissement contre le triple A allemand par l’agence de notation américaine Moody’s.

En début de semaine, ces mauvaises nouvelles faisaient dévisser les places financières européennes jusqu’à – 7% à Athènes. Le taux d’emprunt à dix ans de l’Espagne s’est envolé pour atteindre 7,7%: un record depuis la création de la zone euro. La bourse de Madrid chutait à son plus bas depuis 2003. «Au milieu de l’été, on aurait pu croire qu’il n’y avait plus personne dans le cockpit… Seule la BCE pouvait agir», estime Michel Juvet.

Salués du Japon à l’Allemagne, les «mots magiques de M. Draghi» – comme le titrait la presse espagnole vendredi – ont permis de restaurer la confiance. Mais l’embellie va-t-elle durer? Pour Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’IHEID, Mario Draghi a avancé ses pions. Il prépare l’opinion publique allemande à une intervention massive de la BCE. «Cela était considéré comme un tabou, mais l’Union européenne est arrivée à un stade où la survie de l’euro est en jeu. Le chef de la BCE est donc prêt à utiliser tous les moyens possibles pour sauver la monnaie unique.»

Mais quels moyens? Cette annonce – jugée par différents observateurs comme la plus «définitive» qu’ait faite Mario Draghi depuis son arrivée à la présidence de la BCE il y a neuf mois – n’a pas été détaillée. Pour Michel Juvet, différentes options sont envisageables: «Un programme de rachat d’obligations, comme en 2011, mais annoncé comme temporaire (jusqu’à la mise en place du MES, le Mécanisme européen de stabilité), ou l’octroi d’une licence bancaire à ce même MES. Problème: comme cet outil ne verra pas le jour avant le vote allemand du mois de septembre, il serait pour l’heure inutile…» En outre, vendredi matin, la banque centrale allemande a rappelé son opposition au programme de rachat d’obligations, le jugeant «problématique». Autre idée: la BCE pourrait imposer des taux d’intérêt négatifs (nuls aujour­d’hui). «Cela forcerait les banques européennes qui ont des fonds à la BCE à réinjecter ces liquidités dans le marché. Ce réinvestissement ne peut toutefois avoir lieu que si la confiance est restaurée en Europe», avertit Michel Juvet.

La mise en place d’un écart («spread») maximum entre les taux des obligations des pays jugés «fragiles» (Italie, Espagne) et les «solides» (Allemagne) pourrait-elle être envisagée? «Ce serait très agressif, prévient Michel Juvet. Cela signifierait l’impression d’euros en quantité infinie, un peu à l’image de ce que fait la Banque nationale suisse avec son taux plancher euro – franc suisse. Les politiques n’accepteraient pas.»

«Fondamentalement, au-delà des déclarations de Mario Draghi, le tableau européen n’a pas changé. Les Etats doivent toujours prendre des mesures structurelles afin d’améliorer leur compétitivité», assure pour sa part Roland Duss, directeur de la recherche chez Gonet & Cie.

Reste à voir si ces paroles se traduiront en actions concrètes lors de la réunion de la BCE prévue jeudi prochain. Thomas Veillet, gérant de fonds et trader, conclut: «On connaît la durée de ce genre de vaccin. Sans actions concrètes, cela dure entre 3 et 5 jours et, après, tout se dégonfle comme une baudruche.»

«Sans actions concrètes, ce genre de vaccin ne dure qu’entre 3 et 5 jours…»