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This photograph taken on September 28, 2017, shows a smartphone being operated in front of GAFA logos (acronym for Google, Apple, Facebook and Amazon web giants) as background in Hédé-Bazouges, western France. / AFP PHOTO / Damien MEYER
© DAMIEN MEYER

Débats

Appel au démantèlement des géants américains de l’internet

Aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence, la prééminence des GAFA n’est plus un objet de débat contradictoire. De l’avis général, seul leur démembrement pourra permettre de desserrer leur étreinte sur l’économie mondiale, la culture et les médias

L’exclamation n’est pas venue d’un économiste. C’est un homme politique qui s’y est collé, en passant outre les nuances d’usage, sous le soleil du campus universitaire d’Aix-en-Provence. «Arrêtons d’envisager une taxe sur leur chiffre d’affaires, et regardons la réalité en face: l’heure est venue de démanteler les géants américains de l’internet», a lâché samedi Xavier Bertrand, le président élu «Les Républicains» (droite) de la région des Hauts-de-France (Nord-Pas-de-Calais-Picardie).

Lire aussi: Aux rencontres d’Aix, la dette française disséquée

Le sujet de la table ronde sur «la démocratie numérique» ne pouvait, il est vrai, guère échapper au débat sur le rôle de Google, Amazon, Facebook, Apple, Netflix, Microsoft et autres, d’ordinaire réduits à leurs initiales GAFAN ou GAFAM. «Si les législateurs ne travaillent pas plus vite et ne s’adaptent pas, la discrimination entre ces pure players dominants de l’internet et les entreprises généralistes comme les nôtres deviendra fatale», a confirmé, dans l’amphithéâtre 1 de l’université aixoise, le dirigeant du groupe Altice, Alain Weil, bras droit du milliardaire Patrick Drahi.

Menace culturelle, sociale, économique

Démanteler les GAFA n’est pourtant le sujet d’aucun débat officiel pour cette session 2018 de ce cénacle d’experts réuni chaque année par le Cercle des économistes au cœur de la Provence. Mais impossible d’y échapper tant la menace culturelle, sociale, économique et financière est patente: «A certaines heures de la journée, sur les réseaux câblés que possède Altice à New York, Netflix et Google assurent 80% du trafic internet. C’est cette domination sans partage qui permet à Netflix de produire à la fois des programmes de grande qualité et d’offrir un abonnement à 10 euros mensuels», argumente Alain Weil, patron de SFR et du pôle média d’Altice, après avoir fondé BFM TV, première chaîne française d’information permanente.

Nous bossons tous aujourd’hui pour Google et Netflix!

Plus inquiétante encore, sa réponse à Xavier Bertrand, affairé à étendre l’accès au haut débit partout dans sa région d’ici à 2022: «Si l’accès se généralise sans restrictions pour les GAFA, cela veut dire que tous ces investissements publics leur ouvriront des boulevards supplémentaires pour accroître leur domination sur les esprits et sur les usagers. En clair: nous bossons tous aujourd’hui pour Google et Netflix. C’est une question de bon sens.»

Comment intervenir? Par la loi, mais à condition de pouvoir tenir à l’écart les lobbies financés par ces géants aux poches très bien remplies. Le rejet récent par le Parlement européen du projet de directive sur les droits d’auteurs – pourtant ardemment défendue par les créateurs et les artistes – est de ce point de vue emblématique de la mainmise politique des GAFA, selon Xavier Bertrand.

«Combien Amazon ou Google ont-ils dépensé pour faire rejeter cette loi? s’est-il exclamé. On ne le saura jamais… Mais l’argument selon lequel le rejet de ce texte permet de défendre les petits est fallacieux. Les GAFA veulent contrôler notre production culturelle et donc une partie de notre créativité économique.»

«Besoin d’une révolution»

La France d’Emmanuel Macron, qui a pris l’initiative de la campagne pour la taxation des GAFA sur leur chiffre d’affaires, quelle que soit la localisation juridique de leurs opérations, serait-elle en retard? «Une taxe, c’est un prélèvement. Un démantèlement, c’est une révolution, une remise en cause drastique. Or c’est bien de cela dont nous avons besoin», commente l’Américain Barry Lynn, de l’Open Markets Institute, un think-tank d’outre-Atlantique spécialisé dans les dangers des monopoles.

Avis unanimes: c’est aux Etats-Unis que la question devra se régler. Et vite. «Il existe un moyen: appliquer à la lettre la loi américaine de 2015 sur la neutralité de l’internet (que Donald Trump a entrepris d’abroger), affirme Barry Lynn. Amazon, Google ou Facebook doivent être traités par l’Etat comme des opérateurs routiers ou ferroviaires. Ils doivent être au service de la collectivité. Ne pas réagir, c’est faire de ces intermédiaires les gestionnaires de nos vies quotidiennes. Leur démantèlement n’est pas une option. Il s’impose d’urgence.»

Pour suivre les rencontres économiques d’Aix-en-Provence: www.lecercledeseconomistes.fr. La plupart des débats seront retransmis en direct.

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