Matières premières

Appel à la transparence financière du négoce au forum de la Cnuced

Réunis par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, des délégués africains et des ONG exigent que soient publiés les détails des transactions avec les compagnies d’Etat. Au deuxième jour du cinquième Forum mondial sur les produits de base de la Cnuced, ces derniers s’interrogent sur les limites des règles non contraignantes. Les représentants du monde du négoce présents se gardent de prendre la parole

Appel à la transparence financière du négoce au forum de la Cnuced

Matières premières Délégués africains et ONG exigent des détails sur les transactions avec les compagnies d’Etat

Ils s’interrogent sur les limites des règles non contraignantes

Transparence. La nouvelle incantation des activistes et ONG occidentales interpellant les maisons de négoce de ressources naturelles. Un concept assez vaste pour pouvoir être vidé de sens – comme l’a longtemps été celui de «développement durable». Mardi, au deuxième jour du sommet sur les produits de base de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), le mot magique a pris une tournure plus concrète. En partie grâce aux exhortations de délégués africains à ce forum aidant les pays en développement riches en matières premières à améliorer la gestion de leurs richesses. «Cette transparence n’a rien de flou, elle concerne des indicateurs précis – le prix des cargaisons, la façon dont il est fixé», balaie Aly Touré, représentant permanent de la Côte d’Ivoire auprès des organisations internationales de produits de base.

L’appel n’est pas passé inaperçu. Alexandra Gillies, envoyée par Revenue Watch – organisation new-yorkaise qui s’est lancée dans une vaste cartographie des acheteurs de pétrole – appose durant vingt minutes des termes précis sur le nouveau mantra. Transparence sur l’identité et la sélection de l’acheteur. Sur le prix de la cargaison. Ses spécifications. Son poids. «Dans le pétrole, chaque bateau est un contrat de 95 millions de dollars avec l’Etat, en quoi serait-il exagéré de demander que les détails en soient divulgués; alors que cela va de soit dans n’importe quel appel d’offres dans le BTP?», interpelle la spécialiste du pétrole nigérian. Celle-ci enfonce le clou. «Maisons de négoce et pays aux institutions défaillantes vont presque naturellement de paire: ces compagnies leur fournissent les financements, la logistique, la gestion des risques qu’ils ne peuvent assurer.» Du coup, ces sociétés s’occupent aussi de vendre le pétrole, ou d’avancer de l’argent aux sociétés étatiques. Un peu plus tard, dans la salle des pas perdus menant au bar du Serpent, d’autres délégués africains relèvent l’évidence de la remarque.

Une telle requête atteint-elle les limites de ce que peut dévoiler un marchand de pétrole, sans dévoiler des secrets dont dépend son activité? Pourquoi ne pas profiter de la pause des débats pour voir ce qu’en pensent deux cadres des Trafigura et de Mercuria. «Pourquoi ne prennent-ils pas la parole», a lancé, excédé, le délégué ivoirien. S’approcher, leur poser la question suffit à figer les visages dans une incompréhension agacée. L’un bégaie, dit d’appeler à un porte-parole – inimaginable qu’il parle au nom de sa firme. L’autre, plus calme, ne tend pas de carte de visite, qu’elle a «perdue». Tous deux répètent leur «attachement» à la «transparence» et au «dialogue» avec toutes les «parties prenantes». Fin de la conversation.

Une autre chose ne passe pas pour de nombreux délégués du cinquième Forum mondial sur les produits de base de la Cnuced. Lundi, le fondateur de la puissante ONG Transparency International, Peter Eigen, a clamé l’incapacité des Etats à imposer des règles aux multinationales. Formulation reprise, en partie, par l’envoyé de la Direction du développement et de la coopération (DDC) à Berne, Werner Thut. Le représentant du gouvernement suisse met l’accent sur les «mesures non contraignantes» qui doivent être «intelligemment mêlées à de la réglementation». Sven Behrendt, directeur de GeoEconomica – cabinet d’étude des risques politiques installé à Genève – estime même que le XXIe siècle est «celui de la soft law», un «article du Financial Times» ayant autant d’impact qu’un texte de loi.

«Cette transparence dont vous nous abreuvez est vaine si elle ne résulte pas d’une obligation juridique», rétorque, lors de la séance des questions, Euloge Anicet Nkounkou, directeur d’un centre de recherche sur les ressources, le Cirrne. «L’application de normes sur une base volontaire? Vous ne le faites que lorsque cela vous arrange», balaie de son côté Alexandra Gillies. «Des règles obligatoires sur la transparence des paiements, instaurées par les pays hôtes des multinationales comme la Suisse, restent essentielles», martèle l’envoyée de Revenue Watch.

Cet acharnement n’est pas qu’un nouveau bâton mis dans les roues de ces sociétés privées acheminant les ressources naturelles aux quatre coins du globe, décrira avec simplicité Babajide Sodipo. «La question n’est en rien la transparence pour la transparence», rappelle ce conseiller sur le commerce régional à l’Union africaine. «Aujourd’hui en Afrique, la priorité c’est de restructurer en profondeur nos économies – ne serait-ce qu’afin de fournir de l’emploi», poursuit-il. Avant de rappeler combien la rente – ou la malédiction – des matières premières reste le seul catalyseur à même de financer cette mue.

Qu’en pensent les acteurs du négoce présents au forum? La question fige leurs visages agacés

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