Dans leur vaste déploiement international, les fonds souverains étrangers, gérant au total des ressources de 5100 milliards de dollars à l’échelle planétaire, n’oublient pas la Suisse. Ils privilégient toujours davantage cette sorte de havre de paix dans une Europe tumultueuse. Ainsi, l’un des deux fonds d’Etat de Singapour (Government of Singapore Investment Corporation, GIC) vient de procéder à un nouvel investissement. Mercredi, la bourse suisse SIX, dans un communiqué, a fait savoir que GIC avait pris une participation de 3,01% dans le fabricant bâlois d’implants dentaires Straumann. Une annonce obligatoire à partir du franchissement du seuil de 3%. Le fonds souverain singapourien, qui selon le Sovereign Wealth Fund Institute pèse 247,5 milliards de dollars, ne semble donc pas nourrir de rancune particulière à l’égard de la Suisse. Sa part de 6,5% dans le capital-actions d’UBS n’a pourtant de loin pas encore apporté le retour sur investissement escompté. Fin 2007, le fonds avait acheté pour 11 milliards de francs des titres de la grande banque lors de son sauvetage. L’action valait alors quelque 45 francs, contre moins de 12 hier. Par ailleurs, GIC affectionne apparemment les medtech helvétiques, lui qui détient déjà 5,49% de Nobel Biocare, autre acteur dans les implants dentaires.

Ce fonds ne constitue pas une exception. Son homologue norvégien ne cesse d’accroître sa présence en terres helvétiques. Le fonds nordique a porté sa part dans les actions suisses de 4,7% à 6,3% ces cinq dernières années, avait indiqué l’un de ses responsables dans un article paru récemment dans la Handelszeitung. Au total, ce fond, qui gère 600 milliards de dollars, est investi dans pas moins de 103 sociétés helvétiques. Le détail de ses participations n’est pas connu mais il serait l’un des plus importants actionnaires institutionnels de Nestlé, Roche, et Zurich, et arriverait en deuxième position dans UBS, selon l’hebdomadaire.

Si ces fonds semblent nourrir un appétit toujours plus prononcé pour la Suisse, il n’existe néanmoins aucune statistique officielle pour illustrer le phénomène par des chiffres, selon Alexander Flühmann, spécialiste auprès de la Banque nationale suisse (BNS).

Bientôt un palace bâlois?

Il n’empêche. Le fonds d’investissement immobilier du Qatar, la Qatari Diar Real Estate Investment Company, a récemment refait parler de lui. Alors qu’il possède déjà l’hôtel Savoy à Lausanne, le Schweizerhof à Berne et le Bürgenstock, un établissement sur les hauteurs du lac des Quatre-Cantons, il serait l’un des intéressés au rachat des Trois-Rois à Bâle et du Bellevue à Gstaad, selon l’hebdomadaire dominical Sonntag. Ces palaces ont été mis en vente par le milliardaire bâlois Thomas Straumann. Le fonds qatari n’a pas voulu prendre position ce propos. L’émirat du golfe Persique a décidé il y a quelques années d’investir un milliard de francs dans ­l’hôtellerie à croix blanche, dont 350 millions seraient encore disponibles.

Le Qatar fait d’ailleurs feu de tout bois ces derniers mois. Il a déboursé plus de 500 millions d’euros cet été pour s’offrir un immeuble sur les Champs-Elysées parisiens. Sans parler de sa très médiatisée reprise du club de football de la Ville-Lumière, le PSG. Pour sa part, le fonds souverain de Norvège a acheté pour près de 500 millions d’euros d’actifs à Londres et a investi à Paris plus d’un milliard.