Le groupe Bon appétit devient actionnaire majoritaire de l'épicier en ligne LeShop par le biais d'une augmentation de capital. Financièrement, «l'apport de Bon appétit s'élèvera à 8 millions de francs d'ici à la fin de l'année» précise-t-on auprès de l'investisseur. Cette prise de participation de la holding bernoise concerne uniquement les activités helvétiques de la start-up vaudoise. L'actionnariat de l'entité suisse se compose désormais du groupe bernois à hauteur de 54%, des fondateurs de LeShop et de la banque d'investissement Morgan Grenfell pour les 46% restants du capital. Les sociétés sœurs lancées l'an passé en Argentine (part minoritaire de LeShop soit 20%) et en Allemagne (100%) se voient détachées des activités nationales.

A Chavannes-de-Bogis, siège de LeShop, les dirigeants avouent une grande satisfaction devant cet apport d'argent frais. «Si l'entrée en Bourse (IPO) s'avérait un scénario plausible jusqu'à l'été dernier, explique Christian Wanner, CEO de la société, les soubresauts boursiers rencontrés par les valeurs technologiques ont refroidi nos ardeurs.» «La prise de participation d'un groupe industriel tel que Bon appétit par rapport à un capital-risqueur offre l'avantage d'une perspective à long terme, explique le PDG. De plus, il s'agit d'un partenaire qui participe à l'aventure depuis longtemps (prise de participation minoritaire en août 1999, ndlr).»

L'apport du groupe bernois ne s'avère pas uniquement financier. Issu de la fusion entre Bon appétit (gastronomie) et Usego Hofer Curti (commerce de détail) en 1999, le groupe est le numéro trois de la distribution en Suisse, derrière Migros et Coop. Fort de 6800 collaborateurs et d'un chiffre d'affaires de 3,32 milliards de francs en 2000, Bon appétit se présente comme un partenaire de poids. Après s'être désengagé de Passaggio (restauration dans les trains), cédé en décembre dernier au groupe italien Autogrill pour 251 millions de francs, le groupe poursuit son remodelage. Le partenariat conclu avec l'américain Starbucks, dont le premier coffee-shop a été inauguré la semaine passée à Zurich, est un pan de cette réorientation.

Quant à l'acquisition de LeShop, elle vient renforcer la présence du groupe dans le commerce en ligne. La réorientation de la société net-tissimo.com, joint-venture créé avec la start-up américaine Artificial Life, justifie le choix stratégique de la holding. Cette coentreprise avait initialement l'ambition d'être un site classique de vente sur le Web. Net-tissismo.com s'est par la suite transformé en une plate-forme commerciale promotionnelle adressée aux professionnels. Ce changement de cap s'est réalisé conjointement avec l'arrivée d'un nouvel investisseur majoritaire permettant à Bon appétit de réduire sa participation de 50 à 20%. Il est présent dans le commerce entre professionnels (business to business) à travers les sociétés Howeg ou Fresh & Net qui offrent des services de gastronomie destinés aux hôtels et aux restaurants; l'acquisition de LeShop, actif dans le commerce avec les particuliers (business to consumer), vient donc à point nommé. Elle permet de renforcer les activités du groupe sur le Web. Bien que difficiles à estimer, des synergies semblent de plus possibles au niveau technologique, tenant compte de l'expérience acquise par l'entreprise vaudoise depuis sa création en 1998.

Cette prise de participation devrait permettre à LeShop d'élargir à la fois son assortiment (vins proposés par Pick Pay ou l'épicerie fine offerte par Gourmet Factory) ainsi que son réseau de distribution sur le marché suisse tout en lui offrant une assise financière essentielle à son développement.