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Image d’illustration: un magasin Apple à New York.
© DON EMMERT / AFP Photo

Placements

Apple & Co sont devenues des gérants d’actifs

Les entreprises techs gèrent des dizaines de milliards de dollars depuis qu’elles parquent leurs bénéfices à l’étranger. Avec la réforme fiscale américaine, tout va changer. Ces fonds vont être rapatriés, avec un risque pour les marchés

C’était l’un des buts de la réforme fiscale américaine: rapatrier les centaines de milliards de dollars que les grandes entreprises avaient parqués et laissé enfler à l’étranger, dans des juridictions à faible imposition. Pour éviter de voir le fisc ponctionner leurs bénéfices réalisés hors des Etats-Unis, elles ont accumulé des butins offshore qui atteignent plus de 2000 milliards de dollars, selon l’estimation d’un analyste de Credit Suisse.

Une moitié de cette somme a été utilisée entre-temps pour des acquisitions ou des investissements dans la recherche et le développement. Restent environ 1000 milliards, répartis entre 150 entreprises du S&P 500 (sans les banques), investis dans différents instruments financiers, qui devraient être rapatriés, du fait de la réforme qui diminue de plus de moitié l’impôt sur les bénéfices.

Tech et pharma

Ces «économies gigantesques», que l’analyste Zoltan Pozsar compare aux réserves de devises de la Chine, appartiennent surtout aux entreprises technologiques. D’après ses calculs, Apple compte un peu plus de 200 milliards, suivie de Microsoft, avec 100 milliards. Au total, révèle l’étude, qui a passé au crible des documents du gendarme financier américain, la SEC, pour déterminer les montants et le type d’investissements, les dix entreprises les plus dotées contrôlent 60% des réserves. Outre les deux mentionnées plus haut, Cisco, Oracle, Alphabet (la maison mère de Google) et Qualcomm en font partie. Le reste de ce top 10 est constitué de géants de la pharma, Johnson & Johnson, Pfizer, Amgen et Merck.

Lire aussi: L’étude en entier (en anglais)

C’est ainsi que ces entreprises sont devenues de véritables gérants d’actifs, avec une nette préférence pour les obligations d’entreprises (50% de leurs investissements). Certaines, comme Apple ou Oracle, ont même créé leurs propres sociétés de gestion, Braeburn Capital et Delphi Asset Management. Car éviter les impôts est une chose, laisser des fonds sans les investir en est une autre. Après la dette d’entreprises, ce sont les emprunts souverains et d’agences qui comptent pour 40% du total, suivis de titres hypothécaires basés sur des actifs (MBS), d’instruments du marché monétaire et des emprunts de gouvernements étrangers, jugés moins intéressants car leur rendement est plus faible tout en étant moins sûr que la dette du Trésor américain.

Des portefeuilles qui rivalisent avec les banques

Braeburn et Delphi n’achètent pas de dette notée en dessous de A, préfèrent les entreprises industrielles et détiennent des emprunts de banques américaines, australiennes, canadiennes et japonaises (toujours libellées en dollars). Microsoft, pour sa part, ne détient pratiquement que des emprunts du Trésor américain. Un portefeuille devenu tellement volumineux qu’il dépasse celui de toutes les banques, à l’exception de celui de Citibank. Bank of America et JP Morgan, par exemple, détiennent la moitié moins d’obligations souveraines américaines que le fabricant de logiciels. De même, le portefeuille de crédit d’Apple est aussi grand que celui de Citibank et de JP Morgan.

La question, désormais, est de savoir comment ces portefeuilles vont évoluer. Apple l’a déjà dit: elle s’est engagée à ramener ses réserves aux Etats-Unis, ce qui l’amènera à s’acquitter de 38 milliards de dollars d’impôts au fisc américain. Elle a ensuite promis d’utiliser ce butin pour créer de nouveaux emplois, distribuer des dividendes ou effectuer des rachats d’actions. Mais sans préciser, pour l’instant.

Pas d’effet sur le dollar

Le flou existe pour toutes les sociétés. Pour Gaël Dal Pan, analyste obligataire de Mirabaud à Genève, il y a beaucoup «d’effets d’annonce» parmi les plans dévoilés par les entreprises jusqu’ici qui leur «permettent d’améliorer leur image». Comme AT&T qui dit vouloir offrir un bonus de 1000 dollars à tous ses employés grâce à la baisse de l'impôt sur les entreprises.

Pour l’expert, l’effet sur les marchés de ce changement fiscal «est très difficile à évaluer». Il n’y aura pas d’effet sur le billet vert, assure-t-il, car la plupart de ces investissements sont en dollars. Il ne voit pas d'effet à court terme sur les marchés, car elles ne liquideront pas leurs positions dans l'immédiat: «Elles n'ont pas forcément intérêt à le faire, déjà parce qu'elle risquent de vendre à perte avant l'échéance des obligations suite à la récente hausse des taux américains», explique Gäel Dal Pan. En revanche, il prévient: «La masse récurrente d'achat naturel d'obligations, venant de ces entreprises, va disparaître parce qu'ils n'auront plus de cash à "parquer" à mesure qu'ils font des bénéfices, ils les rapatrieront immédiatement pour être investis ou distribués.»

Double effet de «tapering»

Zoltan Pozsar, l’analyste de Credit Suisse, est d’un autre avis: «L’année 2020 est souvent mentionnée dans les discussions avec des trésoriers comme étant la date limite absolue à laquelle les montants offshore devraient être complètement distribués.» Pour une raison simple: ce sera une année électorale et la réglementation pourrait à nouveau changer, avec des dispositions moins favorables pour le rapatriement.

Il craint, lui, davantage un impact pour les marchés obligataires. «Deux cent cinquante milliards sont investis dans la dette américaine. Si les dix entreprises décident de les liquider cette année, les marchés devraient s’en accommoder, comme une sorte d’écho au tapering de la Fed, c’est-à-dire des 230 milliards qu’elle va enlever cette année de son bilan» parce qu’elle ne réinvestit plus les emprunts arrivés à maturité, prévient l’analyste.

Si cela se produit, les taux d’intérêt pourraient augmenter, pointe Rana Foroohar, une chroniqueuse du Financial Times. Or, rappelle-t-elle, on vient de voir comment les marchés réagissent lorsqu’ils doivent revoir leurs anticipations de taux d’intérêt. Dans la tourmente boursière.

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