Un milliard de dollars, soit 970 millions de francs. A première vue, l’investissement annoncé vendredi par Apple dans Didi Chuxing, le concurrent chinois d’Uber, impressionne. Cette somme est à relativiser au vu des réserves de liquidités de la société dirigée par Tim Cook, qui s’élèvent à 233 milliards de dollars. Il n’empêche, cet investissement est le deuxième le plus important consenti par Apple, derrière les 3 milliards dépensés en 2014 pour racheter Beats, le fabricant d’accessoires audio. En investissant ce milliard en Chine, Le groupe américain vise trois objectifs. D’abord, amadouer les autorités chinoises, qui viennent de bloquer deux de ses services. Ensuite, acquérir de l’expérience sur le marché automobile. Enfin, répliquer à Google, investisseur de la première heure dans Uber.

Le contrat a été conclu rapidement, puisque la direction de Didi Chuxing a visité le siège d’Apple à Cupertino en Californie le 20 avril. Si Uber domine le marché européen et américain du transport via des chauffeurs amateurs et professionnels, Didi Chuxing est pour l’heure intouchable en Chine. Il compte 300 millions d’utilisateurs inscrits, assure 11 millions de courses chaque jour et assure détenir 87% du marché en Chine. Le transporteur, fort de 14 millions de chauffeurs enregistrés, est actif dans 400 villes du pays et serait profitable dans 200 d’entre elles. Selon le «Wall Street Journal», Didi Chuxing serait actuellement valorisé à 25 milliards de dollars.

Services bloqués en Chine

Le transporteur chinois affiche ses ambitions. «Même avec 11 millions de trajets par jour, le taux de pénétration n’est que de 1%. Comment pouvons nous augmenter ce chiffre?» a affirmé vendredi Jean Liu, présidente de Didi Chuxing. Selon elles, tant Apple que sa société ont à gagner de cet accord. «Nous sommes certains que nous y gagnerons les deux en termes de produit, de technologie, et à beaucoup d’autres niveaux.»

Parmi ces «niveaux» se trouve l’échelon politique. Depuis fin avril, les autorités chinoises bloquent les services de vente en ligne de films et de livres d’Apple, suite à l’introduction d’une nouvelle loi plus sévère pour les groupes étrangers. Autre motif d’inquiétude pour Tim Cook, la baisse des ventes d’iPhones en Chine, d’ores et déjà deuxième marché le plus important derrière les Etats-Unis. Si les autorités devaient favoriser un champion local, tel le fabricant de smartphones Xiaomi, Apple pourrait souffrir davantage. Du coup, le milliard investi est vu par plusieurs analystes comme un geste de séduction. Et Jean Liu ne le nie pas: «Les responsables politiques chinois sont de plus en plus ouverts. Il y a (ndlr: maintenant) une bonne base pour que nous nous aidions de plusieurs façons». Moins direct, Tim Cook ne l’a pas contredite: «Nous effectuons cet investissement pour plusieurs raisons stratégiques, dont la possibilité d’en savoir plus sur certains segments du marché chinois».

Voiture autonome

Via Didi Chuxing, Apple en saura aussi plus sur le marché automobile. «Nous croyons beaucoup aux voitures autonomes et estimons que la technologie peut résoudre des problèmes. Nous pouvons travailler avec différents partenaires pour la conduite autonome», a affirmé Jean Liu. Si Tim Cook n’a rien dit sur ses ambitions probables dans le secteur automobile – la société n’a jamais communiqué à ce sujet – son nouveau partenaire chinois pourrait l’aider. «Cet accord est vraiment un signe qu’Apple veut s’attaquer aux défis du transport, estimait vendredi un analyste de Gartner sur le site de Bloomberg. Si Apple possède sa propre technologie à l’avenir, il serait tout à fait cohérent que Didi veuille l’utiliser.» Le transporteur chinois vient par ailleurs de recruter des spécialistes de l’intelligence artificielle pour améliorer des services. Ces données pourraient aussi intéresser Apple.

Son nouveau partenaire permettra à la société de Tim Cook d’entrer dans un match complexe l’opposant à Uber. Financé par une filiale d’Alphabet (Google), le numéro un mondial du secteur aurait des difficultés à percer en Chine, perdant, selon des fuites, un milliard de dollars par an sur ce marché en offrant des courses à prix cassé. Même un accord avec Baidu, numéro un de la recherche sur le web en Chine, n’a pour l’heure pas permis à Uber de devenir populaire. En face, Didi Chuxing est soutenu par deux autres géants du web chinois, le portail Alibaba et le groupe Tencent, éditeur notamment de la messagerie instantanée WeChat.

Gagner de la notoriété

Cette nouvelle proximité avec des groupes connus des consommateurs chinois pourrait aussi aider Apple. «Le groupe est actuellement toujours perçu, en Chine, comme un fabricant de smartphones. Peu de personnes savent qu’il est un fournisseur de service», déclarait mardi à «Fortune» une analyste de Canalys. Selon elle, la coopération prévue avec Did Chuxing pourrait accroître la notoriété d’Apple dans les services. Le groupe de Tim Cook pourrait par exemple en avoir besoin pour populariser son service Apple Pay, pour régler ses achats via l’iPhone, en février de cette année.


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