Sécurité

Apple et le FBI se sont battus devant le Congrès

Pour la marque à la pomme, «affaiblir le cryptage de données va nuire aux consommateurs»

Apple est en train de remporter une première bataille face au FBI. Mardi soir, la marque à la pomme, via l’un de ses avocats, est venue plaider sa cause devant une commission du Congrès. Le but: démontrer que la requête du FBI d’accéder à un iPhone verrouillé risque de causer des dégâts majeurs pour tous les consommateurs. En portant le débat sur la place publique, Apple parviendra ainsi peut-être à éviter que seule la justice ne se mêle du dossier.

Le dossier, rappelons-le. Le FBI ne parvient pas à accéder au contenu d’un iPhone appartenant à l’un des responsables de la tuerie de San Bernardino (Californie), survenue le 2 décembre dernier. Quatorze personnes étaient décédées et le propriétaire du téléphone avait été abattu par la police. Apple refuse depuis d’aider le FBI à ouvrir de force le téléphone en lui fournissant une sorte de passe-partout.

Face au congrès, Bruce Sewell, avocat principal d’Apple, a affirmé que «le chiffrement est nécessaire. Nous l’utilisons dans nos produits depuis plus de dix ans. Comme les attaques contre les données de nos consommateurs deviennent incroyablement sophistiquées, les outils que nous utilisons pour nous défendre doivent aussi devenir plus forts». Selon lui, «affaiblir le chiffrement va nuire aux consommateurs».

Décision en défaveur du FBI

Bruce Sewell a invoqué les «centaines de millions de personnes qui respectent la loi» et qui enregistrent dans leurs téléphones «les détails les plus intimes de leur vie». Une manière de dire que les informations contenues dans le téléphone entre les mains du FBI ne sont pas aussi importantes que le risque d’ouvrir une brèche dans les millions d’iPhones en circulation.

En face, James Comey, directeur du FBI, a plaidé pour le cas unique. Jamais la façon d’accéder aux informations de cet iPhone ne pourra être utilisée pour effectuer, ensuite, de la surveillance de masse, a-t-il dit. La semaine passée, James Comey avait affirmé que même après avoir visionné les images de caméras situées à des carrefours, dans des stations-service, il manque 19 minutes de l’itinéraire des deux tueurs.

Le procureur de Manhattan a aussi témoigné en faveur du FBI, affirmant que le cryptage par défaut «nuit gravement» à des enquêtes, en faisant référence à des cas liés à au moins 175 iPhones dont le contenu n’a pu être lu.

Mais une décision tombée lundi, rendue par un juge de New York, pourrait affaiblir la position du FBI. La police tentait d’accéder aux informations contenues dans un iPhone appartenant à un trafiquant présumé de méthamphétamines. L’appareil lui avait été confisqué en 2014. Dans sa décision, le juge affirme que le «All Writs Act», établi en 1789 n’est pas un texte de loi suffisant pour résoudre le cas et accéder à la demande de la police. Le juge a estimé que la demande des autorités allait à l’encontre des principes constitutionnels et que ce sujet devait être examiné par le Congrès. Or c’est précisément sur le «All Writs Act» que se base le FBI dans le cas de la tuerie de San Bernardino.

Apple recrute en Suisse

Par ailleurs, Apple a recruté un ingénieur suisse, Frédéric Jacobs, pour travailler au cœur de ses systèmes de sécurité. Cet étudiant de l’EPFL sera en effet intégré, dans le cadre d’un stage d’un an, à l’équipe de sécurité de CoreOS. Il s’agit d’une couche logicielle contenant les fonctionnalités dites de bas niveau entre le matériel (le téléphone) et le système d’exploitation iOS.

Frédéric Jacobs s’était déjà fait remarquer via le développement de l’application Signal, permettant de chiffrer les communications de bout en bout. Il s’était aussi fait connaître en juin 2014 en dévoilant un système anti-mouchard se situant dans la version 8 d’iOS.

Publicité