C’est une «nouvelle ère pour l’iPhone», selon les mots répétés à au moins trois reprises mardi soir par Tim Cook, directeur d’Apple, en présentant quatre nouveaux téléphones. Pour la multinationale, c’est surtout la fin d’une anomalie: Apple était le dernier fabricant majeur de téléphones à ne pas proposer de portable 5G. C’est désormais corrigé avec la mise en vente de quatre modèles compatibles avec ces nouveaux réseaux de téléphonie mobile, capables de transmettre des données beaucoup plus rapidement que la 4G.

Ces quatre modèles seront les iPhone 12, 12 Mini, 12 Pro et 12 Pro Max – ce dernier sera d’ailleurs le téléphone d’Apple ayant l’écran le plus grand lancé par la société, avec une diagonale de 6,7 pouces (17,02 centimètres). Apple poursuit sa stratégie vers le haut de gamme, en vendant deux lignes de téléphones avec des fonctions, et surtout des prix, distincts (le plus cher sera vendu 1589 francs). Ces appareils seront mis en vente entre fin octobre et début novembre... sans chargeur ni écouteurs. Pour des raisons environnementales, affirme Apple, qui met en avant les millions de tonnes de CO2 ainsi évitées. De quoi, d'ores et déjà susciter la colère et l'incompréhension de nombreux internautes sur les réseaux sociaux.

Numéro trois mondial

Le lancement de ces nouveaux modèles doit permettre à Apple de consolider sa place de numéro trois mondial sur le marché des smartphones. Au deuxième trimestre, selon la société américaine de recherche Gartner, la firme détenue par Tim Cook représentait 13,5% du marché derrière le chinois Huawei (20,0%) et le sud-coréen Samsung (19,5%). Cette première place de Huawei, due en grande partie à un rebond du marché chinois, ne sera sans doute pas durable: sous pression américaine, la société est en train de devoir se passer des services de Google, ce qui va rebuter nombre de consommateurs. Notons encore qu’Apple est numéro un aux Etats-Unis (59,7%), selon la société de recherche StatCounter. En Suisse, sa part est de 50,3%.

Ces pourcentages devraient augmenter: selon un analyste de la société d’investissement américaine Wedbush Securities, plus d’un tiers des 950 millions d’iPhone en circulation dans le monde – environ 350 millions d’appareils – pourraient être remplacés par un modèle plus récent dans les mois à venir. Les consommateurs, qui avaient pour une grande partie attendu que l’iPhone dispose d’une puce 5G pour en acquérir un nouveau, seraient désormais enclins à racheter un appareil. Apple est le dernier fabricant à lancer des modèles 5G: Samsung, LG, OPPO ou encore Huawei proposent de tels modèles depuis l’année passée. Au total, environ 18 millions de téléphones 5G ont été vendus en 2019 et la barre des 250 millions sera franchie cette année – soit environ un quart du total des téléphones –, selon la société de recherche américaine Strategy Analytics.

Pratiques jugées déloyales

Ces éléments sont de bon augure pour Apple. Mais une ombre menace avec de plus en plus d’insistance la marque à la pomme: le risque d’une régulation, aux Etats-Unis, à cause de pratiques jugées anticoncurrentielles. La semaine passée, un rapport de 449 pages rédigé par des élus démocrates de la Chambre des représentants a dénoncé les pratiques de plusieurs géants de la tech, dont Apple. La firme de Tim Cook, lors du trimestre allant d’avril à juin, a réalisé grâce aux services un chiffre d’affaires de 13 milliards de dollars, soit exactement la moitié par rapport aux revenus liés à la vente directe d’iPhone. Or ce sont justement les services qui sont scrutés à Washington.

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Ainsi, les parlementaires affirment qu’Apple favorise, dans son moteur de recherche d’apps, ses propres applications au détriment de celles des concurrents. Certains développeurs de logiciels pour mesurer le temps passé devant l’écran ont été exclus de l’App Store juste après qu’Apple a créé un service en tout point similaire. Autre exemple: l’entreprise impose aux développeurs d’apps de vendre des services additionnels via son magasin, empochant ainsi une commission de 30% – c’est le cœur du combat entre Epic Games, développeur du jeu Fortnite, et Apple. Enfin, la marque à la pomme est accusée de sherlocking, un mot signifiant que la société copie toute application qui a du succès, afin d’empocher la majorité des revenus qui y sont liés.