Quarante milliards évaporés en l’espace de quelques secondes. Dans la nuit de mardi à mercredi, la réaction des investisseurs a été immédiate après la publication par Apple de ses derniers résultats trimestriels. L’action a décroché de 8% dans les échanges hors bourse. Apple avait averti il y a trois mois que le premier trimestre afficherait des résultats en baisse. Mais les chiffres ont dépassé les craintes. Le bénéfice s’est effondré de 22% (10,2 milliards de francs), le chiffre d’affaires a reculé de 13% à 50,6 milliards et, surtout, les ventes d’iPhone ont chuté, en un an, de 61,17 à 51,19 millions d’unités.

Ainsi s’achève le record de 51 trimestres d’affilée de croissance pour le chiffre d’affaires. Alors que les doutes s’accumulent sur les capacités du groupe à rebondir, Tim Cook, son directeur, a assuré que «l’avenir d’Apple est très prometteur», annonçant des «innovations incroyables». Plusieurs pistes se dégagent.

L’iPhone 7

A lui seul, le smartphone représente exactement 65% des revenus d’Apple. La société affirme être incapable de faire face à la demande pour son dernier iPhone SE (destiné surtout aux pays émergents), mais sans donner de chiffre. Surtout, des doutes émergent sur la capacité de l’iPhone 7, attendu pour cet automne, à relancer les ventes. «Que ce soit du point de vue d’un composant ou d’une technologie, je ne vois rien à l’horizon capable de susciter l’envie, chez les consommateurs, de renouveler leur matériel. Ils vont le garder plus longtemps, comme pour leur PC», affirmait un analyste de TECHnalysis Research à Bloomberg.

Les prédictions du blogueur Kuo Ming-chi, célèbre pour avoir souvent prédit les spécificités des derniers iPhone, vont dans le même sens: selon lui, Apple réservera les innovations les plus importantes pour l’iPhone qui sortira en 2017, année qui marquera les dix ans du smartphone. Le modèle 2016 risque ainsi d’avoir le même look que l’iPhone 6S de 2015. La conférence WWDC de mi-juin devrait permettre d’en savoir un peu plus.

L’Apple Watch

Apple ne dit toujours pas combien il vend de montres. «Davantage que l’iPhone en 2007», a lâché Tim Cook. Donc davantage que 6,1 millions d’unités. Mais comme les analystes estiment que 11 à 15 millions de montres ont été vendues en 2015, la phrase de Tim Cook ne donne aucun élément. L’Apple Watch est toujours noyée dans le groupe «autres produits» du groupe (aux côtés de l’Apple TV et des casques audio), un groupe certes en croissance de 30%, mais qui ne constitue que 4,3% du chiffre d’affaires total.

Mais cela pourrait changer. Alors que la montre fête actuellement sa première année d’existence, la deuxième version devrait être mise en vente cette année. Selon le «Wall Street Journal», Apple lui permettrait d’être directement connectée au réseau de téléphonie mobile, sans dépendre de l’iPhone. Elle serait aussi dotée d’un processeur plus puissant. Les ventes de la montre devraient bénéficier de l’augmentation des applications disponibles. Elles étaient 3000 il y a un an, elles sont 17 800 aujourd’hui, selon la société de recherche App Annie.

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Les services

Fort d’un milliard d’appareils vendus connectés à Internet, Apple dispose d’une base d’utilisateurs qu’il tente d’exploiter au mieux. Sur le trimestre, l’App Store, Apple Music, le service de stockage en ligne iCloud et Apple Pay ont généré 6 milliards de dollars de revenus, un chiffre en hausse de 20% sur l’année. Tim Cook s’est félicité de compter 13 millions d’abonnés payants à son service musical. Quant à Apple Pay, disponible dans six pays dont la Chine, il attire selon le directeur un million de nouveaux clients par semaine. Autant d’utilisateurs qu’Apple espère voir devenir fidèles à ses produits.

Les acquisitions

Jamais Tim Cook n’avait autant parlé d’acquisitions. «Nous allons certainement acheter quelque chose de plus gros que nous l’avons fait jusqu’à présent», a dit le directeur. Sur la dernière année, Apple a acquis 15 sociétés. En 2014, la firme avait déboursé 3 milliards de dollars pour les écouteurs Beats. Elle dispose désormais de 233 milliards pour entrer dans de nouveaux marchés ou consolider ses positions dans celui de la santé ou des objets connectés. En parallèle, Apple va emprunter pour reverser, sur les prochaines années, 250 milliards à ses actionnaires.

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