Selon Marc Bernegger, entrepreneur sur Internet et investisseur dans la "fintech", l'arrivée d'Apple en Suisse pourrait bouleverser le marché.

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Le Temps: Malgré des moyens importants, Swisscom a échoué à populariser Tapit, son système de paiement intégré dans le smartphone. Cela vous a-t-il surpris ?

Marc Bernegger: Justement, ce n'est pas parce que vous êtes un acteur important que vous allez forcément réussir. Ce qui compte avant tout, c'est de présenter au consommateur une incitation à utiliser votre service, qui doit apporter une valeur ajoutée et qui doit être simple d'emploi. Le consommateur peut déjà payer sans contact et sans code avec sa carte de crédit pour des montants allant jusqu'à 40 francs. Il n'a pas vu l'intérêt à acheter un smartphone intégrant une carte de crédit… pour faire la même chose.

Le paiement par carte sans contact est-il une menace pour le paiement via smartphone ?

Oui, car son utilisation est vraiment simple et toutes les cartes permettent de faire ses paiements. D'autant que j'imagine que ces prochains mois, la limite des 40 francs pourrait être supprimée pour atteindre peut-être 100 ou 200 francs.

Du coup, comment le paiement via mobile pourrait-il décoller ?

C'est simple : il faut proposer un système totalement ouvert, sans barrière. J'apprécie ainsi beaucoup Paymit, lancé par UBS, SIX, Swisscom et des banques cantonales. Tous les acteurs peuvent s'y joindre, tous les consommateurs peuvent l'utiliser, quel que soit leur téléphone. Je trouve aussi intelligent d'attirer les jeunes en proposant des paiements entre eux, avant de lancer, en 2016, les achats en magasins avec Paymit.

Quelle sera la conséquence de l'arrivée d'Apple et de Google sur le marché suisse des paiements mobiles ?

Je pense que ce sera difficile pour les acteurs suisses de leur résister. Car les jeunes ont déjà un lien très fort avec Apple, via leur iPhone, ou Samsung et Google via leur smartphone tournant avec Android. Si l'on prend l'exemple d'Apple, la connexion avec l'utilisateur est déjà très forte : vous payez déjà votre abonnement Netflix via iTunes, et si par exemple il devenait possible de faire la même chose avec Zalando, iTunes deviendrait incontournable. Apple a aussi démocratisé les achats en s'identifiant avec le lecteur d'empreintes digitales : son utilisation, pour les achats dans des magasins, lui permettrait de faire très fort. Apple pourrait ainsi devenir un acteur majeur en Suisse. A Swisscom et aux autres acteurs suisses de répliquer avec des services locaux à très forte valeur ajoutée.

Pour que le paiement par mobile se démocratise, il faut que les magasins soient équipés en terminaux adaptés. Est-ce un frein ?

Ca l'est en effet maintenant, mais cette barrière va disparaître… car les caisses vont beaucoup évoluer. Aux Etats-Unis, elles sont de plus en plus nombreuses à intégrer une puce Wi-Fi et un lecteur NFC pour communiquer directement, sans fil, avec le smartphone.

Le paiement via smartphone est en partie une menace pour les émetteurs de cartes de crédit. Comment réagissent-ils ?

Ils ne restent pas inactifs. American Express a par exemple racheté une trentaine de start-ups qui auraient pu constituer une menace pour ses activités, tout en investissant aussi dans des solutions mobiles. Les émetteurs de carte de crédit demeurent en parallèle très gourmand via les commissions très élevées qu'ils prélèvent sur les transactions, au détriment des commerçants. Ils devront sensiblement baisser ces frais. Pour l'heure, ils ne le font pas, mais cela ne pourra pas durer avec l'émergence de solutions concurrentes nettement moins gourmandes.