C’est un record: jamais une entreprise américaine n’a valu autant en bourse. Dans la nuit de mardi à mercredi, Apple a passé le cap des 800 milliards de dollars de capitalisation. Le titre a clôturé en hausse de 0,63% à Wall Street, pour s’afficher à 153,97 dollars, soit une valorisation de 802,2 milliards de dollars (807,5 milliards de francs). S’agit-il du signe de l’apparition d’une nouvelle bulle? Pas forcément.

Depuis le début de l’année, l’action du fabricant de l’iPhone a crû de 33%. Le titre a profité, entre autres, des appréciations positives de Warren Buffett. Le financier américain a acquis de nouvelles actions Apple en février dernier: il en possède désormais pour 18 milliards de dollars. Lundi, sur CNBC, il louait l’iPhone – qui permet désormais à Apple de générer 63% de son chiffre d’affaires: «Les gens veulent ce produit. Ils ne désirent pas un smartphone bon marché», notant que les consommateurs acquérant un smartphone sont très peu sensibles à son prix. «C’est un produit avec une très grande valeur et les gens construisent leur vie autour de lui», a ajouté le responsable de la société d’investissement Berkshire Hathaway, qui détient 2,5% du capital d’Apple.

Destruction d’actions

Comment expliquer un tel engouement, alors que les ventes d’iPhone ont baissé lors du premier trimestre? «Le plus important, c’est que ces ventes ont augmenté au quatrième trimestre 2016, même si ce fut une croissance faible, estime Uwe Neumann, analyste chez Credit Suisse. De plus, les investisseurs espèrent qu’il y aura un fort taux de renouvellement lié au prochain iPhone. De nouvelles fonctions, telle la réalité virtuelle, pourraient motiver les propriétaires d’un iPhone 5 ou 6 à migrer vers le dernier modèle.» L’analyste estime cependant que l’optimisme des investisseurs est «très élevé».

Le titre a aussi bénéficié d’initiatives dirigées par Apple envers ses actionnaires: ces quatre dernières années, notait récemment Standard & Poor’s, le nombre d’actions a été réduit de 20% via des programmes de rachat. De plus, des milliards de dividendes ont été versés.

Moins chère qu’Amazon

Mais, même à ce prix, l’action d’Apple est moins chère que celle d’autres géants de la technologie. Ainsi, le ratio cours sur bénéfices attendus sur les douze prochains mois («price earning ratio») est de 16 pour la firme dirigée par Tim Cook, alors que le même ratio est de plus de 27, selon les calculs du Financial Times, pour Facebook et Alphabet (la holding de Google). Il dépasse même les 100 pour Amazon et Netflix. Et les performances boursières du numéro un mondial de l’e-commerce et du réseau social sont sans commune mesure, sur cinq ans, avec celles d’Apple. Le titre de ce dernier a progressé de 90% sur cinq ans, contre 300% pour les deux autres sociétés.

D’où la crainte d’une nouvelle bulle? Non, estime Uwe Neumann: «Les bulles se reconnaissent lorsque les multiples liées aux valorisations atteignent des niveaux jamais vus: ce n’est pas le cas pour ces géants de la technologie. Les résultats d’Amazon, Alphabet et Facebook croissent en ligne avec le cours de leurs actions et en soutiennent le prix. Apple a certes atteint une hausse record de sa capitalisation boursière sur les cinq derniers mois. Mais ces multinationales dominent tellement leur marché et sont si capables de monétiser leurs données qu’elles méritent une valorisation si élevée. Et la fin de leur croissance n’est pas en vue.»

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