Un employé d’Apple caché au milieu du jury puis récusé, des images du film 2001, l’Odyssée de l’espace projetées en au­dience, un avocat de Samsung menacé de sanctions par la juge… La première semaine du procès opposant Apple à Samsung a été haute en couleur. Depuis lundi, les deux fabricants de smartphones s’affrontent à San José devant le Tribunal du district nord de Californie. Derrière les anecdotes, l’enjeu est majeur: accusé par Apple de violer ses brevets, Samsung se voit réclamer 2,5 milliards de dollars par son concurrent. L’issue du procès, qui doit durer encore au moins deux semaines, aura des conséquences importantes sur le marché des téléphones.

Les deux entreprises sont sur des dynamiques opposées. En un an, Samsung a presque doublé ses parts sur le segment des smartphones, passant de 18,3 à 34,6% sur le dernier trimestre, selon le cabinet Strategy Analytics. Numéro deux mondial, Apple a régressé, avec une part passant de 18,4 à 17,8%. Si la firme dirigée par Tim Cook est la partie plaignante du procès, Samsung contre-attaque en accusant aussi son concurrent de violation de brevets.

Le personnage central de ce procès est la juge Lucy Koh. Elle avait émis plusieurs avis intermédiaires en faveur d’Apple. Et, depuis lundi, elle a pris plusieurs décisions défavorables à Samsung. Malgré ses «supplications» – c’était ses termes –, l’avocat de la firme sud-coréenne n’a en effet pas été autorisé à montrer à la cour des images d’un smartphone développé en 2006 par Samsung, d’apparence similaire à l’iPhone, un an avant sa présentation. Il était trop tard pour montrer ces documents, a argué Lucy Koh, qui a ajouté: «Ne m’obligez pas à vous sanctionner, je veux que vous vous asseyiez, s’il vous plaît.» La présentation, toujours par Samsung, d’images de tablettes issues du film de Stanley Kubrick 2001, l’Odyssée de l’espace n’a pas non plus été jugée recevable par Lucy Koh.

En revanche, Samsung a marqué des points lorsqu’Apple a dévoilé, pour la première fois, des prémaquettes de l’iPhone datant de 2005-2006, dont une ouvertement inspirée d’un téléphone de Sony. Il s’agissait d’un «projet secondaire amusant», a argué Apple pour sa défense.

Quelle pourrait être l’issue du procès? «A terme, je m’attends à un arrangement entre les deux parties, car ni elles ni leurs actionnaires n’ont intérêt à prolonger un climat d’incertitude qui dure depuis des mois», estime Michel Jaccard, associé de l’étude «id est avocats» et spécialisé dans les nouvelles technologies.

«Si Apple devait gagner…»

Michel Jaccard s’attend donc à un accord avec paiement de royalties. «Mais si Apple devait gagner, le signal serait extrêmement fort: car les juges examinant actuellement une vingtaine de procédures sur les quatre continents seront influencés par le verdict américain. Cela portera un coup dur à Samsung, qui se verra interdire de vendre certains produits. Et plus aucun fabricant ne saura concevoir un téléphone ou une tablette qui ne ressemble pas trop aux produits d’Apple…» estime l’avocat.

Comment expliquer les actions en justice menées tous azimuts par Apple contre Samsung? «Il s’agit d’abord de gagner du temps avant le lancement de son iPhone 5 et ensuite, en sous-main, de viser Google, dont le système Android équipe une majorité de smartphones.»