«Les attentes étaient tellement pessimistes que le titre devrait finalement en profiter.» Xavier Chollet, analyste chez Pictet à Genève, réagit ainsi aux résultats publiés mardi après la clôture de la Bourse par Intel. Cet optimisme relatif s'explique: à l'image de ses principaux concurrents, le fabricant de semi-conducteurs avait fortement réduit ses prévisions au cours des dernières semaines.

Les chiffres au troisième trimestre sont sortis en ligne avec les prévisions. Intel a réalisé des ventes de 8,5 milliards de dollars, en hausse de 8% d'une année sur l'autre. Seul le recul de la marge brute déçoit. Attendue à 58%, cette importante mesure de profitabilité s'est montée à 55,7%. «La liquidation des stocks existants a pesé», confie l'analyste. Même s'il gagnait mercredi plus de 4%, le titre n'a guère été à la fête ces derniers mois. Après avoir grimpé à près de 35 dollars en janvier, il s'échange aujourd'hui aux alentours de 21 dollars.

Le secteur des puces électroniques a globalement été à la peine en 2004. L'indice Bloomberg des semi-conducteurs américains plonge de 30% depuis le début de l'année. En fait, les marchés ont anticipé le ralentissement actuel. Car les titres du secteur ont baissé au premier semestre alors que les ventes progressaient encore de 38% entre mai et juillet. Le secteur a atteint son pic de croissance cet été.

La suite? Elle s'annonce difficile. Mardi, le hollandais Philips Electronics a prédit des ventes stagnantes au quatrième trimestre. Mercredi, les chiffres publiés par Micronas n'ont pas rassuré. Ce n'est pas du côté des ventes que le producteur suisse de semi-conducteurs a déçu. Elles ont atteint 251,6 millions de francs et ont dépassé les prévisions. Non, ce sont les nouvelles commandes qui posent problème. Elles ont fondu à 88 millions de francs. «Ce chiffre est inférieur à nos attentes, déjà basses, de 135 millions», analyse un rapport de la banque privée LODH. Dans la foulée, le titre a dévissé de plus de 12%.

Succès pour les ordinateurs à bas prix

Les incertitudes liées à l'augmentation du cours du pétrole et au possible ralentissement de la consommation outre-Atlantique pèseront ces prochains mois. De plus, le prix des puces et des produits finis (télévisions à écran plat, etc.) reste sous pression. «Les ventes de semi-conducteurs vont continuer à ralentir, explique Xavier Chollet. Elles progresseront encore à un rythme de 10 à 15% au dernier trimestre avant de freiner à environ 5% en 2005.» Le financier s'attend à ce que le creux de la vague soit franchi au cours des six premiers mois de l'année. Le bas du cycle baissier actuel devrait être atteint en douceur: «Les sociétés ont été prudentes en matière d'investissement après l'explosion de la bulle technologique, ajoute-t-il. Il y a moins de surcapacités à résorber.»

Tous les acteurs du segment ne seront pas logés à la même enseigne. Un gérant genevois de fonds met en exergue les nouvelles tendances: des microprocesseurs à bas prix ou des puces spécialisées, par exemple de type son ou image. «Pour ce qui est des ordinateurs, Intel devrait souffrir face à des concurrents, tel Advanced Micro Devices, dont les microprocesseurs sont moins chers, explique-t-il. D'autant que le géant réalise plus de 90% de son chiffre d'affaires dans ce segment.»

Parallèlement, et presque paradoxalement, Intel risque d'être mis en difficulté par la montée en puissance des applications spécialisées. «A l'avenir, les fabricants d'ordinateurs vont miser sur des cartes graphiques performantes plutôt que sur des microprocesseurs de dernière génération», affirme le gérant. Son raisonnement est intéressant. Les percées technologiques ont été extrêmement importantes ces dernières années. Par conséquent, la majorité des ordinateurs n'ont pas besoin d'un moteur plus puissant, de type Pentium 3 ou 4, pour fonctionner convenablement. «Un Pentium 1 ou 2 suffit largement pour utiliser les applications les plus courantes, Internet, Word ou Excell», souligne le gérant.

Dès lors, les fabricants d'ordinateurs risquent d'investir dans des cartes graphiques plus pointues, tout en utilisant un microprocesseur moyen de gamme. De cette manière, le prix et les produits resteraient attractifs. Un plus pour attirer les clients. «Les gens sont de plus en plus friands de jeux vidéo de dernière génération ou de musique sur le Web», constate le gérant.

Les marchés semblent déjà avoir fait leur choix. Le titre d'ATI Tech, un fabricant canadien de cartes graphiques spécialisé dans les images tridimensionnelles, gagne près de 11% cette année. Une tendance de fond?