■ Les annonces de la BCE sont-elles le remède ultime à la crise des dettes souveraines ?

Le Temps : Non. A preuve : ces mesures de rachat possibles d’obligations d’État sur le marché secondaire par la Banque centrale européenne (BCE) ne concernent pour l’heure que les trois pays sous assistance financière : la Grèce, le Portugal et l’Irlande, lorsque ces derniers devront, à partir de 2014, se financer de nouveau sur les marchés.

Le cas de l’Espagne et de l’Italie, tous deux soumises à de fortes pressions sur leurs taux d’intérêt, n’est donc pas réglé. La BCE a bien précisé qu’elle ne commencerait à racheter des titres des pays en difficulté sur le marché secondaire qu’après le déclenchement d’un plan européen d’assistance, soit sous sa forme intégrale avec prêts à l’appui, soit sous sa forme intermédiaire, qui prévoit le rachat temporaire d’obligations d’État par les fonds de soutien financiers européens.

Une telle intervention communautaire, condition du déclenchement des rachats par la BCE, suppose que les capitales concernées négocient avec Bruxelles un accord portant sur de vastes réformes économiques, financières et sociales, et sur un calendrier strict. L’actuel programme européen de soutien aux banques espagnoles, et les réformes en cours en Italie ne suffisent donc pas.

Le gouvernement de Madrid devrait, dans ces conditions, se résoudre à demander officiellement en octobre l’aide de la zone euro. Avec l’espoir que les mesures d’austérité déjà prises (102 milliards d’économies budgétaires d’ici la fin 2014, contre 65 initialement prévus) soient avalisées par Bruxelles, sans autres demandes de coupes budgétaires. Ce qui parait illusoire.

L’Italie de Mario Monti se retrouve pour sa part dans une situation intermédiaire. Soit elle se résout à imiter l’Espagne et entre en négociations avec la zone euro d’ici la fin 2012. Soit elle profite de l’effet d’aubaine constituée par l’accalmie attendue sur les marchés, suite aux déclarations de la BCE et à la poursuite des réformes dans les autres pays en difficulté. L’entrevue, ce jeudi soir à Rome entre le président du Conseil italien et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso permettra peut etre d’en savoir plus.

■ Après ces annonces de la BCE, quelles sont les prochaines échéances ?

LT : La plus importante est celle du 12 septembre. Ce jour là, la Cour constitutionnelle allemande rendra son avis sur la mise en œuvre du futur Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds permanent destiné à remplacer l’actuel Fonds européen de stabilité financière (FESF). La BCA ayant lié son programme d’achats d’obligations à l’intervention de ces deux fonds, tout se trouverait remis en cause si le traité portant création du MES est bloqué en Allemagne, puis doit être renégocié.

Les deux autres dates importantes sont la réunion informelle des ministres des finances de l’eurogroupe à Chypre, les 14 et 15 septembre, puis le Conseil européen des Chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE à Bruxelles les 18 et 19 octobre.

Les deux dossiers les plus chauds, à l’agenda des grands argentiers européens, sont la demande d’aide de l’Espagne, que Madrid hésite encore à formuler, et la renégociation du calendrier de réformes imposé à la Grèce, où les experts de l’UE et du FMI se retrouveront à la mi septembre. Point important toutefois : le gouvernement espagnol doit lever d’ici la fin 2012 près d’une centaine de milliards d’euros sur les marchés financiers. Sa marge de manœuvre est donc très étroite.

■ D’où peuvent venir les problèmes dans les semaines à venir ?

LT : La négociation d’un plan d’aide à l’Espagne ou, du moins, la conclusion d’un accord sur les réformes à entreprendre dans ce pays en plus de la restructuration du secteur bancaire est le point focal. Pour l’heure, le gouvernement de Mariano Rajoy a tout fait pour gagner du temps. Mais il se trouve maintenant acculé par la BCE à un pas supplémentaire s’il veut bénéficier de ces rachats, dans l’espoir que les taux d’intérêts obligataires baissent.

L’inquiétude sur la Grèce est d’un autre ordre. Les autorités d’Athènes sont sous supervision de la zone euro et du Fonds Monétaire International. Mais un dérapage grave des finances publiques helléniques relancerait à coup sur les spéculations sur la sortie du pays de la monnaie unique. Pour qu’un triangle vertueux s’enclenche enfin, trois décisions sont donc nécessaires : l’entrée en vigueur du MES, la conclusion d’un accord entre l’eurogroupe et l’Espagne, et un rééchelonnement crédible du plan de sauvetage grec.

■ L’Allemagne, solution ou obstacle ?

LT : Le président de la Bundesbank Jens Weidmann est sans doute celui qui, au sein du conseil des gouverneurs de la BCE ce jeudi à Francfort, a refusé d’approuver les mesures proposées. Problématique aussi: le débat en Allemagne sur l’implication de la Banque centrale européenne va être à coup sur relancé si les juges de Karlsruhe approuvent le MES.

Il n’empêche : un feu vert au MES, dans un pareil contexte, serait une vraie victoire pour Angela Merkel, plus que jamais garante de la stabilité économique de son pays et de la zone euro. Pour faire simple : Merkel se retrouvera en position de force à Berlin et Bruxelles si la route est dégagée pour le MES. En revanche, elle sera affaiblie dans le cas contraire. Avec toutes les questions que cela pose pour les pays les plus intransigeants pour intervenir au chevet des Etats en difficulté comme les Pays-bas (qui voteront pour des législatives le 12 septembre) ou la Finlande.