Il y a comme un léger parfum d'ironie dans le rachat, confirmé hier, des activités en Suisse de Cable & Wireless (C & W) par la holding Smart Telecom (VTX), basée à Pully. Du temps de sa splendeur, C & W, atteint d'une boulimie de rachats, pesait plus de 20 milliards de francs de chiffre d'affaires. En pleine déliquescence, marqué par une perte de 16 milliards en 2003, le groupe cède aujourd'hui une à une ses activités en France, en Allemagne, mais aussi en Suisse. Et ce pour le plus grand bonheur de VTX, petite société créée en 1986 autour du vidéotex, et qui depuis n'a cessé de grandir, avalant prudemment, via sa holding Smart Telecom, plusieurs fournisseurs d'accès en Suisse.

Pour Philippe Roditi, codirecteur de Smart Telecom avec Francis Cobbi, la finalisation du rachat des activités de C & W en Suisse est «un soulagement» (lire Le Temps du 3 avril). «La conclusion de l'accord a été plusieurs fois repoussée. Il s'agit du jour le plus important pour notre groupe depuis l'arrivée de fonds d'investissement dans notre capital.» Les chiffres parlent d'eux-mêmes: avec C & W, le nombre de clients professionnels passe de 10 000 à 14 000, le nombre d'employés de 150 à 200, et le chiffre d'affaires de 66 à 90 millions. Et ce sans compter les 4000 clients ADSL de Smart Telecom, ses 30 000 abonnés à Internet via le téléréseau, et les quelques milliers de clients à ses services de téléphonie.

Offre améliorée

S'il s'offre une belle percée outre-Sarine et une implantation solide à Genève via les anciens clients de Petrel, Smart Telecom récupère surtout un portefeuille de clients de premier choix. «Il compte plusieurs multinationales employant 10 000 personnes dans le monde, et même de petits fournisseurs rachetés par C & W», se félicite Philippe Roditi. Cerise sur le gâteau, Smart Telecom devient partenaire de C & W au niveau international. Il pourra donc offrir à tous ses clients des liaisons à très haut débit entre leurs filiales à l'étranger.

Par contre, le rachat de C & W Suisse, dont le montant reste secret, n'augmentera pas la taille du réseau de Smart Telecom. «Il ne possède qu'un petit réseau de fibre optique à Zurich, qui s'ajoutera à notre liaison haut débit entre Lausanne et Genève, explique Philippe Roditi. De toute façon, il est plus avantageux de louer des lignes, leur prix ayant chuté de moitié à l'international, de 30 à 35% en Suisse.»

Si le directeur de Smart Telecom assure que les 50 employés de C & W seront conservés au sein du groupe, c'est parce que celui-ci va lancer de nouveaux services. A commencer par un système de surveillance par caméra via le réseau informatique, qui sera accessible, via une liaison ADSL ou câble, depuis n'importe quel ordinateur.

Smart Telecom compte par la suite racheter des fournisseurs d'accès dans la région bâloise et lucernoise, avant d'envisager des acquisitions dans les pays limitrophes. De nouveaux investisseurs pourraient entrer dans le capital du groupe avant 2005, date prévue pour une entrée en Bourse. A la tête de la société depuis 1986, les deux directeurs sont-ils encore assez solides pour faire face à sa croissance? «Cela n'a été ni facile ni automatique, mais nous avons appris à déléguer», sourit Philippe Roditi.