Le rally obligataire s'est terminé avec l'été. Parties de très bas à la suite de la crise de juin, les obligations à longue durée avaient largement profité du retour d'euphorie en juillet-août, au point que les rendements ont atteint un point bas à la fin du mois dernier. Ceux des obligations de la Confédération à dix ans sont ainsi passés de 2,865% le 5 juillet à 2,434% le 10 septembre.

La tendance s'est inversée, même si elle n'est pas immédiatement visible. Les rendements du Confédération se sont repris pour atteindre 2,463% hier après-midi. Peu marquée en Suisse (+0,05%), cette tendance est plus visible dès que l'on se porte sur d'autres marchés:+0,08% pour le Bund allemand, l'emprunt de référence de la zone euro;+0,09% pour le bon du Trésor et même+0,14% pour l'emprunt à dix ans du Gouvernement britannique. «Après la crise du printemps, les obligations ont été surachetées durant l'été, faisant baisser les rendements. Le marché juge aujourd'hui qu'un point d'équilibre a été atteint, en prévision du ralentissement économique aux Etats-Unis», explique François Savary, analyste indépendant à Genève.

Ce retournement de situation s'explique par un changement de perception de la donne macroéconomique pour ces prochains mois: «La crainte d'un atterrissage de l'économie américaine s'est tempérée avec la baisse des prix du pétrole et une réévaluation des attentes conjoncturelles», selon Daniel Varela, économiste à la banque Piguet, aussi à Genève.

Taux européens en hausse

En clair, cela signifie que les acheteurs d'obligations pariaient sur un ralentissement marqué outre-Atlantique, lequel entraînerait l'arrêt rapide des hausses de taux des banques centrales. Or, si la conjoncture se porte mieux que prévu, la tendance à la hausse des rendements reste d'actualité. Toutefois, on ne la voit guère se profiler qu'en Europe avec la poursuite des craintes inflationnistes de la BCE.

Ces craintes sont telles qu'elles pourraient entraîner de nouvelles hausses de taux courts par l'institut de Francfort même si l'économie ralentit dans l'ensemble de la zone euro. «On pourrait même assister à une inversion de la courbe des taux d'ici quelques mois», avertit Daniel Varela. Dans cette hypothèse, les taux courts deviendraient plus rémunérateurs que les longs.

En tout état de cause, l'écart de rendement entre Etats-Unis et zone euro, actuellement de près de 100 points de base (un pour cent), devrait se réduire à 75, vers la fin de l'année déjà.