Genève-Barcelone à 79 francs suisses aller-retour, tout compris, c'est ce que la compagnie aérienne britannique EasyJet propose dès le 28 juillet prochain, si les autorités de l'aviation civile suisse le veulent bien. Une heure de surf sur le Web, avec conseils spécialisés, dans un Internet café de 500 écrans en pleine rue, pour 1 livre sterling (2,50 francs), c'est ce que EasyEverything, la première filiale d'EasyJet, propose dans deux sites londoniens depuis quelques jours. Une voiture en location pour 9 livres la journée, c'est ce que EasyRentaCar, future filiale d'EasyJet, proposera avant la fin de l'année. Casser les coûts, casser les prix, casser les monopoles et les prébendes: Stelios Haji-Ioannou, patron et fondateur de la société orange, a fait de ce credo un business désormais tentaculaire. Sa compagnie aérienne connaît actuellement une croissance de 100% par an, et le trentenaire débonnaire d'origine chypriote grecque en est convaincu: «Lufthansa et Swissair seront les prochaines à lancer une compagnie à bas prix.»

Mardi soir à Genève, après une journée de réunion intense avec son équipe, et avant d'aller faire un petit tour sur le Léman pour décompresser, il a accueilli Le Temps la chemise hors du pantalon et le sourire aux lèvres.

Le Temps: Où en est EasyJet aujourd'hui?

Stelios Haji-Ioannou: L'été est pour nous la meilleure saison. Notre taux de remplissage atteint 84%, c'est très élevé. Notre marge est satisfaisante: l'an dernier, nous avons transporté 1,7 million de passagers et dégagé un profit de 2,4 millions de livres (6 millions de francs). Ces chiffres devraient doubler cette année. En 1997, nous n'avons transporté que 700 000 personnes… Nous aurons 18 avions à la fin de l'année, de quoi transporter 6 millions de passagers par an.

– Comment se porte votre filiale suisse? Et comment se présente l'ouverture de trois nouvelles destinations à partir de Genève, agendée au 28 juillet?

– Nous ne publions pas de chiffres séparés, mais nos opérations à Genève, sous le label EasyJet Switzerland, se portent très bien. Nous allons nous y renforcer, Genève est clairement notre troisième base, après Londres-Luton et Liverpool. Les lignes vers ces deux aéroports affichent des taux de remplissage très élevés. Pour ce qui est de l'ouverture prévue vers Amsterdam, Nice et Barcelone, les réservations affluent. Il faut dire que le prix de lancement est très bas. Nous n'avons pas encore les autorisations de l'Office fédéral de l'aviation civile, mais nous savons que Swissair fait des difficultés sur la seule ligne où nous sommes en concurrence, c'est-à-dire Barcelone. Toutefois, je n'ai encore pas imaginé que nous essuyions un refus…

– Avec l'arrivée de concurrents du même type, votre position est-elle menacée?

– Je ne pense pas, même si je crois qu'au moins Lufthansa et Swissair devraient y venir dans les deux prochaines années. Go, la copie lancée par British Airways, perd toujours de l'argent (n.d.l.r.: EasyJet a lancé un concours sur son site Web: celui qui devine les pertes de Go gagne un vol!). La concurrence peut venir, le marché croît rapidement: les touristes viennent d'abord, mais ensuite les patrons de PME qui réfléchissent à deux fois avant de voyager, puis les grandes entreprises. De plus, nous avons un «yield management» (gestion des tarifs) très sophistiqué et une philosophie qui ne change pas.

– Quelle est-elle?

– Un seul type d'avions (des B-737). Des vols court et moyen-courrier point-à-point. Des prix qui privilégient celui qui réserve en avance, et qui vole la semaine, au contraire des compagnies traditionnelles. Plus nos avions sont pleins, plus les tarifs grimpent (il y en a 7 à 10 par avion). Mais notre tarif le plus cher reste deux fois moins cher que le plein tarif de nos concurrents. Le secret? Pas de paperasse, pas de protocole, un management ouvert, un système de vente directe efficace (30% du personnel, soit 300 personnes, pour les réservations téléphoniques, et 25% des places vendues via Internet) et beaucoup d'idées nouvelles!

– A ce propos, quel est votre objectif de diversification?

– Nous ouvrons notre deuxième café Internet à Londres, sur Trafalgar Square. Celui de Victoria Station est le plus grand du monde. Nous amenons le Web au grand public, nous matérialisons cet outil virtuel pour tous ceux qui n'y ont pas accès, ou qui n'y comprennent rien. En Grande-Bretagne, le e-commerce ne représente que 0,2% des échanges… D'ici fin août, nous aurons 5 cafés de ce type. A Genève, nous devrions ouvrir d'ici six mois à une année.

L'autre nouveauté, c'est la location de voiture. Avec réservation par Internet et un seul modèle, comme pour la compagnie aérienne. Vous pourrez louer une berline à 9 livres par jour. Je crois pouvoir faire souffrir Hertz et Avis comme j'ai fait souffrir British Airways et Swissair!