Le Japon enregistre ses premiers succès à Fukushima

Nucléaire L’électricien japonais Tepco a réussi à vider la piscine de refroidissement du réacteur numéro 4

Epaulé par Hitachi et Toshiba, le groupe voit désormais une issue au problème de l’eau contaminée

Une eau calme. D’une limpidité parfaite. Presque un bleu profond des Caraïbes. «Sa température est maintenant retombée à 17 degrés. Il n’y a plus besoin de la refroidir», triomphe Yuichi Kagami, un ingénieur de Tepco, depuis le bord de la piscine de désactivation située au quatrième étage du réacteur 4 de la centrale de Fukushima-Daiichi.

Le groupe vient de réussir à désamorcer l’un des éléments les plus menaçants du site. «Ce fut un très grand soulagement lorsque nous avons retiré la semaine dernière la dernière barre de combustible usé», confie l’ingénieur. Le bassin de refroidissement, dont la structure ravagée se retrouvait à la merci d’une autre catastrophe naturelle, comptait, lors de l’accident, 1331 «crayons» de combustible usé, soit l’équivalent de 14 000 fois la radioactivité libérée par la bombe atomique d’Hiroshima.

Au cours des douze derniers mois, ces assemblages ont été prudemment transférés dans un bassin de désactivation sécurisé. Les 180 barres de combustible neuf ou «frais» encore entreposées au fond de la piscine, mais beaucoup moins dangereuses, seront, elles, déplacées d’ici à la fin décembre.

Trois ans et demi après la catastrophe, Tepco semble, pour la première fois, avoir retrouvé un peu de sérénité avec la fin de cette opération périlleuse. «Au début, nous ne faisions que réagir aux conséquences immédiates de la catastrophe», explique Akira Ono, le directeur de la centrale, qui gère, chaque jour, près de 7000 personnes sur le chantier du démantèlement de Fukushima-Daiichi. «Maintenant, nous pouvons nous projeter dans l’avenir.»

Après cette phase de gestion de l’urgence, l’électricien pense pouvoir bientôt concentrer sa main-d’œuvre et son énergie sur le laborieux démantèlement des réacteurs 1, 2 et 3. Il entrevoit même une issue au problème de l’eau contaminée qui s’est accumulée sur le site et a longtemps compliqué son intervention. «On enregistre des progrès», assure Akira Ono.

Ce mois-ci, Tepco teste deux nouvelles usines de décontamination des eaux conçues par Toshiba et Hitachi. Ces systèmes baptisés «ALPS», qui permettent de retirer 62 des 63 éléments radioactifs retrouvés dans l’eau pompée dans les réacteurs, viendront compléter le travail de «nettoyage» déjà entamé par une première structure de Toshiba et d’autres installations fournies par le californien Kurion.

Avec cet ensemble, que les cadres de Tepco ont baptisé «les sept samouraïs», le groupe peut, en théorie, traiter 2000 tonnes d’eau par jour. C’est suffisant pour «nettoyer» les 300 tonnes d’eau souterraine qui s’infiltre encore chaque jour dans les sous-sols des tranches et cela permet également de réduire peu à peu les gigantesques stocks d’eau souillée.

La centrale abrite actuellement, dans de hautes cuves d’acier, 335 000 tonnes d’eau contaminée, mais aussi 193 000 tonnes d’eau présentée comme propre. Elle a été débarrassée de 62 radionucléides, mais reste chargée en tritium et ne peut donc, pour l’instant, pas être relâchée dans l’océan Pacifique. «La gestion de l’eau contaminée est le problème le plus urgent», souffle Akira Ono, qui espère que la construction d’une enceinte souterraine de permafrost, autour des quatre tranches, permettra à partir du printemps prochain de contenir les infiltrations dans les sous-sols des réacteurs. «Je ne veux toutefois pas me montrer trop optimiste», mesure-t-il, avant de pointer les difficultés techniques de ce chantier et de ceux qui restent à entamer.

L’intérieur des réacteurs 1, 2 et 3, dont les cœurs ont fondu, est encore quasiment interdit aux humains. Au pied du réacteur 4, les dosimètres affichent, aujourd’hui, un débit de dose de seulement 25 microsieverts par heure quand, dans l’allée passant derrière les tranches 1 et 2, ce débit atteint plusieurs centaines de microsieverts et empêche tout travail dans la durée.

Actuellement, ce sont des robots et des caméras commandés à distance qui font les premiers repérages dans le réacteur numéro 1. Son démantèlement va prendre encore trente ans.

La centrale abrite actuellement, dans de hautes cuves d’acier, 335 000 tonnes d’eau contaminée