MARCHES

Après celle du pétrole, la pénurie de platine menace

Deux fois plus cher que l'or, le métal est recherché pour des applications industrielles, dont des catalyseurs pour moteurs diesel.

La folle appréciation des métaux depuis quatre ans risque d'être suivie par une chute généralisée, craignent de nombreux experts. Un métal, néanmoins, va s'en sortir: le platine.

«Le monde pourrait passer d'une pénurie - le pétrole - à une autre: le platine», a expliqué jeudi Bernard Loriol, qui gère un fonds de placement BAC de 35 millions de francs pariant sur le platine, lors d'une présentation à des investisseurs à Genève. Au moins un autre spécialiste, Helmut Eschwey, est d'accord avec lui. «L'histoire du platine est différente parce que l'industrie en a besoin», déclarait récemment à la presse le patron de la société allemande Heraeus, le plus grand négociant au monde de métaux précieux.

Le platine, deux fois plus cher que l'or à près de 1200 dollars l'once, entre dans la composition des catalyseurs pour moteurs diesel, des disques durs, des téléphones portables ou des écrans plats de télévision. Tous ces appareils n'en comportent que d'infimes quantités. Mais leur production en nombres croissants alimente la demande. L'industrie a consommé 5,5 millions d'onces de platine en 2005, 9% de plus que l'année précédente. Malgré un recul de 9% des besoins de la joaillerie (1,9 million d'onces) en raison de prix trop élevés, la demande mondiale a dépassé l'offre pour la septième année consécutive, d'après le consultant Johnson Mattey à Londres.

Le manque de platine menace de s'accentuer si la Chine décide de rendre obligatoires les catalyseurs pour les voitures produites sur son territoire. «Cette décision est très sérieusement envisagée. Pékin peut la prendre à tout moment», estime Bernard Loriol.

Un destin lié à celui des piles à combustibles

Mais la grande opportunité qui ferait de cette matière première une ressource aussi recherchée que le pétrole est le remplacement, encore improbable, du pétrole par l'hydrogène comme carburant dans les automobiles. Les piles à combustibles qui génèrent de l'électricité à partir de l'hydrogène intègrent 60 grammes de l'onéreux métal. «Cela représente environ 1700 dollars, la moitié de leur prix», précise Bernard Loriol. Même si, conformément aux prévisions des ingénieurs, les piles à combustibles parviennent à réduire à 15 grammes leur teneur en platine, l'adoption de cette technologie décuplerait la demande.

En face, les producteurs peinent à suivre. Une fois de plus, l'Afrique du Sud ne va probablement pas atteindre ses objectifs en 2006, glisse Bernard Loriol. 80% du métal est extrait de ce pays, en particulier dans le Bushveld, au nord de Johannesburg. Une douzaine de mines exploitent deux veines de quelques dizaines de centimètres de large. Elles partent de la surface et s'enfoncent à environ 2 kilomètres de profondeur.

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