L'an dernier, Zweifel fêtait ses 100 ans. Fondée en 1898, l'entreprise zurichoise a fait ses premières armes dans le commerce de vins, avant de se lancer, au début des années 50, dans la production de chips. Aujourd'hui, Zweifel, qui détient 70% du marché suisse, n'a pas de véritable concurrent. Il n'empêche, pour croître, l'entreprise zurichoise doit sans cesse trouver de nouveaux clients. Une tâche ardue, lorsque le marché est saturé. Pour faire progresser son chiffre d'affaires, l'entreprise mise donc sur un autre produit très répandu, avec lequel elle obtiendra peut-être le même succès que les chips: la frite.

Pour vendre des frites, la société zurichoise a fondé au début de l'année, avec le publicitaire Josef Giger, une société anonyme, dont elle détient la majorité du capital. Baptisée Visag SA, celle-ci exploite déjà 16 machines dans la région zurichoise. Contrairement à son concurrent romand Tege, Visag ne produit pas elle-même les automates. Pour environ 18 000 francs pièce, elle les achète à la firme américaine Ore-Ida, filiale de la société alimentaire, Heinz. Ces appareils semblent avoir fait leurs preuves, puisque plus d'un millier fonctionnent déjà, sans problèmes, aux Etats-Unis. Congelées à –18 degrés, les frites précuites sont réchauffées en 45 secondes dans un four à air chaud, évitant ainsi le passage dans la friteuse, souvent source de mauvaises odeurs. Ce problème est d'ailleurs l'une des causes du divorce intervenu en mai dernier entre Tege et EPA. Le distributeur, qui avait installé deux machines devant ses magasins zurichois, s'est plaint de pannes trop fréquentes et de relents désagréables. Un chiffre d'affaires décevant a également incité EPA à stopper l'expérience. Tege a certes admis que ses automates connaissaient encore des problèmes de jeunesse. La société de Blonay (VD) a cependant jugé que le nombre de portions vendues était largement suffisant pour rentabiliser les machines. Contrairement aux automates de Ore-Ida, qui fonctionnent avec des frites précuites, ceux de Tege utilisent de la poudre de pomme de terre. Après un passage dans l'huile bouillante, celle-ci se transforme en frites. Un procédé délicat, qui nécessite encore des améliorations, ce qui a retardé l'installation d'autres automates et surtout placé l'entreprise dans une situation financière inconfortable (lire Le Temps du 29 juin).

Optimisme

Pour éviter ce type de déconvenues, Visag a renoncé à développer ses propres appareils. Tous les problèmes ne sont pas pour autant résolus. Pour être rentable, un automate doit distribuer 500 portions par mois. «Dans certains endroits les résultats sont concluants, mais dans d'autres moins», avoue Josef Giger. D'ici à la fin de l'année, les responsables de Visag décideront s'ils franchiront un pas supplémentaire en installant beaucoup plus d'appareils, peut-être plusieurs centaines. «Nous sommes optimistes et pensons que nous pouvons vendre 600 à 800 portions par machine et par mois», affirme Josef Giger. Avant d'installer d'autres automates, Visag devra cependant trouver les lieux adéquats. «Nous menons des discussions avec les grands distributeurs, dans tous les endroits qui nous semblent adéquats», note Josef Giger. Pour toucher le plus de monde possible, les automates doivent impérativement être installés dans des lieux de passage très fréquentés, de préférence par un public jeune. A Winterthour, près de la Halle de sport, Visag vend par exemple des centaines de portions par semaine.

Pour s'imposer avant ses concurrents, Visag devra faire vite. Le britannique Vendotech envisage en effet d'implanter prochainement ses automates en Allemagne, en France et en Suisse. Quant à Tege, il n'a pas dit son dernier mot. Le producteur de Blonay, qui a revu ses objectifs à la baisse, veut faire fonctionner une centaine de machines avant la fin de l'année.