«Dévastée.» Cette cadre d’une grande banque britannique présente en Europe est encore sous le choc. Voilà une semaine que le Royaume-Uni a choisi de sortir de l’Union Européenne et elle craint désormais pour son emploi. «Contrairement à ceux qui ont voté, souvent avec beaucoup d’ignorance, nous, on est en première ligne. Nous connaissons exactement les conséquences de cette décision.»

Si les marchés se sont calmés après leur panique initiale, le centre financier britannique reste sous le choc. Jeudi, CityUK, l’un des principaux lobbys de la City, avait organisé sa conférence annuelle, dans une ambiance lourde. De façon symbolique, et involontaire, l’événement se déroulait dans les locaux de Nomura, une grande banque japonaise qui réalise la plupart de ses opérations européennes depuis Londres. Une partie de ses 2600 employés risque d’être obligée de partir. «Il est possible qu’on ait besoin de changer de stratégie, reconnaît un de ses cadres. Mais rien n’est décidé pour l’instant.»

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Les premières conséquences directes du Brexit se font sentir. Dominic Connor dirige Quant Recruitement, un cabinet de chasseurs de têtes spécialisé dans le courtage algorithmique. Avant le vote, les embauches avaient déjà ralenti. Depuis le résultat, elles sont complètement gelées. Il n’y a plus rien.»

C’est la panique totale chez mes clients. Aucun n’avait prévu ce vote. Ils n’ont aucun plan B, C ou D.

Anthony Hodgins dirige une autre agence de recrutement, Wheale Thomas Hodgins, qui conseille essentiellement de petites entreprises financières. «C’est la panique totale chez mes clients. Aucun n’avait prévu ce vote. Ils n’ont aucun plan B, C ou D.»

Une ligne simple: le statu quo

Et pourtant, à l’intérieur de la salle de conférences de Nomura, les pontes de la City font comme si rien ne s’était passé. Après avoir averti pendant des mois que le Brexit serait la pire des possibilités, ils ont décidé d’une ligne simple: pour l’instant, rien n’a changé.

«On ne connaît ni la direction ni la forme du changement à venir», souligne John McFarlane, le président de CityUK, et également président de Barclays. Son mot d’ordre: conserver l’accès au marché unique européen. En particulier, il entend garder le fameux passeport européen, qui permet de vendre des produits financiers fabriqués au Royaume-Uni à travers l’UE. «C’est absolument vital», affirme Chris Cummings, directeur de CityUK. En d’autres termes, l’espoir est de conserver les avantages de l’Union Européenne, malgré le vote.

Ne pas se précipiter

Dans les couloirs, les théories fusent sur la façon dont le référendum pourrait être ignoré. Un deuxième référendum? Une élection législative qui annulerait tout? Un accord technocratique qui conserverait le statu quo, sans vraiment le dire? Douglas Flint, le président de HSBC, estime lui aussi qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions claires. Lui qui avait menacé de délocaliser un millier d’emplois à Paris revient partiellement sur sa décision. «Ce serait uniquement si nous perdons entièrement le passeport. Mais c’est hypothétique. Il est important de ne pas se précipiter.»

Cet espoir du statu quo bute pourtant sur un problème de taille: pourquoi est-ce que Bruxelles, humiliée par ce vote, accorderait au Royaume-Uni le passeport et l’accès au marché unique? «L’Europe a besoin d’un centre financier important. Le répliquer ailleurs prendrait des décennies», répond Douglas Flint.

Pour Anthony Hodgins, de Wheale Thomas Hodgins, cette attitude ressemble à la politique de l’autruche. «Tous ces gens ont mis leur tête dans le sable et ils ne veulent rien savoir.»