Masqués par le vacarme entourant le choc pétrolier, les prix de l'acier connaissent pourtant eux aussi une inflation sans précédent ces derniers mois. Aux Etats-Unis, sur le seul mois d'avril, les bobines de tôle, utilisées notamment dans l'automobile, se sont renchéries de 15%. Selon Metal Bulletin, les prix mondiaux des produits laminés à chaud ont augmenté d'un tiers sur le premier trimestre. «Depuis novembre, les prix de la plupart de nos produits ont triplé!» déclare de son côté au Temps Andrey Parkhomchuk, directeur général de Metinvest International, l'unité de vente du plus important groupe sidérurgique ukrainien. Propriété de l'homme d'affaires Rinat Akhmetov, cet empire industriel emploie 160000 personnes dans le Donbass, ex-centre névralgique de la sidérurgie soviétique.

«On savait que les prix allaient progresser mais à tel point, jamais... L'industrie traverse une époque très particulière, on ne peut plus se fier aux méthodes de pronostics classiques», s'étonne celui qui supervise l'exportation des huit dixièmes de la production de Metinvest Group via un réseau de négoce centré à Genève.

Demande en hausse de 30%

En un an, ce dernier a fait face à une envolée de 30% de la demande en produits semi-finis - brames et billettes - destinés au secteur de la construction, qui représentent près des trois quarts de la production du groupe. «Les prix ont beau croître, la demande du Moyen-Orient, du bassin méditerranéen ou du Brésil augmente tout aussi vite... ces pays ne connaissent pas la crise des «subprime», poursuit Andrey Parkhomchuk.

Cette inflation, qui concerne toute la gamme, profite aux géants du secteur. Le numéro un ArcelorMittal a ainsi annoncé il y a deux semaines des ventes en progression de 22% sur le premier trimestre. L'allemand ThyssenKrupp a de son côté relevé deux fois ses tarifs cette année, afin de répercuter sur ses clients l'envolée de sa facture de minerais de fer et de charbon.

Même le nucléaire est touché

Pour l'aciériste ukrainien, le fer n'est pas un problème: le groupe en produit... et en exporte. «Son prix a augmenté de 65 à 87% selon le type de minerai vendu», poursuit un responsable de Metinvest International. Sur le charbon coke en revanche - importé de Russie - les tarifs ont «pratiquement doublé» cette année. Une situation qui explique pourquoi Arcelor Mittal n'a pas lésiné sur les moyens pour s'offrir, la semaine dernière, une part des mines de charbon australiennes Mac Arthur.

Comme celle du pétrole, cette inflation de l'acier se propage à tous les secteurs industriels. Automobile ou BTP viennent immédiatement à l'esprit. Même le nucléaire est touché. Selon le Wall Street Journal, le coût de construction d'une centrale nucléaire atteint maintenant 5 à 12 milliards de dollars aux Etats-Unis, deux à quatre fois les estimations faites il y a quelques mois. Une inflation liée à celle du ciment, du cuivre. Et de l'acier.