Informatique

Après la démission de Brian Krzanich, Intel est à un tournant

Menacé dans son cœur de métier, pas encore pleinement diversifié, le géant de Santa Clara a besoin d’un ou une dirigeant(e) capable de s’adapter au nouveau paysage de la Silicon Valley

A l’échelle de la Silicon Valley, Intel fait figure de père fondateur. Le fabricant de microprocesseurs célébrera ses 50 ans le 18 juillet prochain. Il va s’offrir un beau cadeau: 16,9 milliards de dollars (16,70 milliards de francs) de revenus pour le premier trimestre, des résultats supérieurs aux estimations des analystes. Mais l’ambiance n’est pas pour autant à la fête à Santa Clara.

Brian Krzanich, aux commandes du groupe depuis 2013, a présenté sa démission la semaine dernière. Le patron, chez Intel depuis trente-six ans, n’a pas résisté aux révélations d’une enquête interne sur une relation extraconjugale avec une employée. Une relation passée, mais contraire aux règles de «non-fraternisation» de l’entreprise.

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Après un demi-siècle d’existence, le géant se retrouve donc à un tournant. Intel a commencé l’année confronté à Spectre et Meltdown, deux failles de sécurité observées sur ses processeurs x86. Et pour la première fois en vingt-cinq ans, il a laissé sa place de leader du marché des semi-conducteurs à Samsung. Le passage de témoin illustre les défis qui attendent le successeur de «BK».

Poursuivre la stratégie de diversification

Le groupe créé par le trio Gordon Moore (l’homme derrière la fameuse loi de Moore sur les microprocesseurs), Robert Noyce et Andrew Grove a fait sa fortune en équipant les serveurs et les ordinateurs, son cœur de métier. Un secteur aujourd’hui en déclin (14 trimestres consécutifs de baisse pour les ventes de PC selon le cabinet Gartner) et sur lequel le concurrent AMD gagne lentement mais sûrement des parts de marché.

C’est pourquoi Krzanich a adopté une stratégie de diversification, orientant l’entreprise vers la data. Les acquisitions d’Altera (racheté 16,7 milliards de dollars en 2015), de Nervana, un spécialiste du deep learning (408 millions en 2016), ou du fabricant de capteurs pour voitures autonomes MobilEye (15,3 milliards en 2017) en témoignent.

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Le cours de l’action a augmenté de 120% ces cinq dernières années. Même avec le retard pris sur la production de microprocesseurs de 10 nanomètres (attendus depuis 2016), Intel continue de dominer son activité historique. Le groupe reste toutefois derrière Nvidia sur des marchés à forte croissance comme le jeu vidéo ou l’intelligence artificielle, et à la traîne de Qualcomm dans la téléphonie mobile, un virage manqué par Intel.

Un recrutement plutôt qu’une promotion?

Autant de raisons qui font que Krzanich n’avait pas que des admirateurs chez les analystes financiers. Son départ est «une opportunité en or pour Intel» aux yeux de Ryan Shrout, de Shrout Research. La nouvelle direction du groupe devra renforcer sa position dominante dans son cœur de métier, fragilisée par le règne de son ex-patron, estime Stacy Rasgon, de Bernstein Research. Elle devra aussi «cesser de passer à côté de la prochaine technologie majeure», prévient l’analyste. Le site The Verge conseille à Intel de trouver son Satya Nadella, capable de souffler un vent de fraîcheur comme l’Américain l’a fait chez Microsoft.

Qui a les épaules pour une telle mission? Krzanich n’était que le sixième dirigeant d’Intel en cinquante ans d’histoire et, jusqu’ici, la succession s’est toujours faite en interne. Cette fois, «la porte est ouverte pour une embauche de l’extérieur», selon Tim Arcuri, d’UBS. Robert Swan, le directeur financier choisi par le conseil d’administration pour s’occuper de l’intérim, n’a pas vraiment le profil. Alors les noms d’anciens cadres comme Patrick Gelsinger (parti en 2009), Renee James (dirigeante de la start-up Ampere) et Diane Bryant (passée chez Google Cloud) reviennent depuis vendredi dans la presse américaine. En interne, Navin Shenoy (vice-président des data centers) et Murthy Renduchintala (débauché de Qualcomm en 2015) font partie des candidats potentiels.

Avec Krzanich, Intel a investi 300 millions de dollars dans le recrutement et la formation de groupes sous-représentés dans l’entreprise. Le choix d’une femme à la tête du groupe validerait cette ambition.

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