Gestion de fortune

Après le départ de Boris Collardi, Julius Baer entre dans une phase d'incertitude

Un départ au plus haut? Un patron ad interim? La bourse n’apprécie pas l’incertitude et sanctionne l’action Julius Baer. Bernhard Hodler est le successeur logique du Romand Boris Collardi à la présidence de la direction du groupe. Mais il a fait toute sa carrière dans la gestion des risques et non au contact des clients

Bernhard Hodler, 57 ans, depuis deux décennies auprès du gérant de fortune et récemment CEO adjoint, est nommé patron du groupe Julius Baer avec effet immédiat. Il succède à Boris Collardi après neuf années d’un parcours salué par un nouveau sommet de l’action en bourse et confirmé la semaine dernière par les résultats après dix mois. Les actifs sous gestion sont en effet en hausse de 10% depuis juin, à 396 milliards, et même en augmentation de 100 milliards en deux ans (dont seulement 12 milliards en acquisitions).

Le groupe vaut maintenant 13 milliards de francs. Est-ce que la chute de 6% de l’action Baer lundi souligne le parcours du partant ou l’incertitude à l’égard de l’arrivant? Le scénario du départ au plus haut est le plus souvent évoqué parmi les commentateurs. D'ailleurs si les coûts sont bien maîtrisés, c'est sur 2018 que les regards des investisseurs se portent en raison des effets attendus de la numérisation. Et en termes d'actifs sous gestion, c'est au cours du quatrième trimestre 2017 que les clients peuvent une dernière fois régulariser leur situation avant l'échange de renseignements. Prudence donc.

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Le nouveau président de la direction générale n’est guère connu des investisseurs même si chacun s'accorde à croire qu'il est compétent et connaît parfaitement le groupe. Selon un analyste, il importe aussi de savoir s’il y aura d’autres départs de la banque zurichoise après un tel événement.

Une fusion avec Credit Suisse?

«A l'interne, une guerre de succession va s'ouvrir», avertit un expert. En nommant un directeur général qui n'est pas au contact des clients et des marchés, chaque responsable de direction régionale risque de jouer des coudes pour devenir le prochain patron du groupe.    

Les années Collardi ont été marquées par une grosse acquisition, celle de la gestion de fortune de Merrill Lynch hors des Etats-Unis, et une forte expansion, notamment en Asie, ainsi que d’excellents résultats que traduit la hausse de 27% de l’action au cours de cette année. Mais de grands défis attendent l'institut, entre autres à l'égard du renouvellement du parc informatique.

Le changement de direction ouvre la porte à tous les scénarios possibles. «La situation actuelle pourrait alimenter la rumeur d'une fusion avec Credit Suisse dans la mesure où la grande banque a besoin d'une méga-transaction (transformational deal)», observe un financier zurichois.  

Une carrière dans la gestion des risques

Il y a plus de cinq ans que Bernhard Hodler fait partie des favoris à la succession de Boris Collardi. C’est en effet en 2011 que l’ancien responsable informatique du Credit Suisse à Singapour a été nommé responsable des affaires opérationnelles de la banque de gestion au sein de la direction. La nomination coïncidait avec la création de la fonction de COO. Il avait la tâche de créer les conditions-cadres et de définir les ressources nécessaires à la mise en œuvre de la stratégie. En pleine crise financière, Bernhard Hodler devait donc gérer les risques et assurer la conformité réglementaire (compliance) tout en procédant au renouvellement des services informatiques du groupe. Il devint en 2013 responsable des risques au plan mondial (CRO) de ce groupe de 400 milliards d’actifs sous gestion.

Une continuité, vraiment?

Dans son communiqué, la banque insiste sur le critère de continuité. Rien ne permet d’en douter puisque le nouveau patron est entré à la banque Julius Baer en 1998. Paradoxalement cette nomination traduit pourtant une forme de cassure. Boris Collardi, en fonction durant neuf ans, était un choix audacieux, celui d’une nouvelle génération. Avec Bernhard Hodler, tel n’est pas le cas. La banque zurichoise n’a pas non plus choisi un jeune romand. Yves Robert-Charrue, responsable des solutions d’investissement, qui en référait directement à Boris Collardi, aurait immédiatement fait figure de favori.

Bernhard Hodler, diplômé de l’Université de Berne (1987), a passé ses 20 dernières années dans la gestion des risques de la banque. Il a commencé sa carrière dans les grandes banques, d’abord auprès d’UBS en 1982, avant de passer chez Credit Suisse First Boston (audit) en 1987. Il devient en 1990 responsable des risques de la SBS pour la région Asie-Pacifique avant de revenir chez Credit Suisse de 1994 à 1998.

La question de la succession de Boris Collardi n’est pas vraiment nouvelle. La rumeur d’un départ à Genève apparaissait régulièrement dans les médias, généralement en direction de Lombard Odier. Mais les bons résultats n’ont pas pris fin pour autant. Lorsque Barend Fruithof avait été nommé responsable de la banque pour la Suisse, après avoir été directeur auprès de Raiffeisen puis de Credit Suisse, beaucoup y ont vu un candidat à la fonction de directeur général, avant qu’il ne parte à peine un an plus tard pour rejoindre ASH, un groupe de machines agricoles

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