Coup de tonnerre dans le ciel déjà sombre de SAirGroup. Moritz Suter a annoncé mercredi qu'il quittait ses fonctions de responsable de Sairlines, le pôle aérien du groupe qui comprend les compagnies Swissair, Crossair, Balair ainsi que les participations à l'étranger.

Six semaines après sa nomination, celui qui devait redonner une stratégie au groupe préfère jeter l'éponge. Moritz Suter motive son départ par le fait «que la structure de direction actuelle de Sairlines ne lui permet pas de mener à bien sa mission». Une phrase bien pudique pour sous-entendre qu'on n'a pas laissé au fondateur de Crossair les mains libres pour mener à bien une restructuration qu'il voulait nette et sans bavure. Il souhaitait se concentrer sur des compagnies bien portantes plutôt que sur des canards boiteux, visant par là même Sabena et le pôle français, constitué par AOM-Air Liberté et Air Littoral. Dans le même esprit, «l'ex-nouvel homme fort» avait eu le temps de prendre ses distances avec la compagnie portugaise TAP et Turkish Airlines.

Avec Moritz Suter, c'est le quatrième cadre de premier plan qui quitte SAirGroup en huit mois. Après l'américain Jeffrey Katz en juillet 2000, Philippe Bruggisser en janvier, Paul Reutlinger en février, cette nouvelle démission ne fait qu'ajouter à la confusion qui règne dans le groupe. SAirGroup a déjà repoussé de trois semaines la publication de ses résultats et s'apprête à annoncer le 2 avril de lourdes pertes suite aux provisions qui seront prises pour restructuration.

Certains analystes ont déjà inscrit des montants avoisinant au bas mot les 700 millions de francs sur leurs tabelles. D'autres affirment même que la situation financière de SAirGroup est un vrai désastre. «Les chiffres seront très, très rouges», estime l'un d'eux.

Alors qu'Eric Honegger, président du conseil de SAirGroup et ancien conseiller d'Etat radical zurichois, cherche toujours un CEO en remplacement de Philippe Bruggisser, il doit maintenant se mettre en chasse d'un patron du transporteur aérien. «Ce profil sera beaucoup plus difficile à trouver, estime un professionnel. Gérer une holding n'est rien par rapport à la gestion d'un pôle aérien.» Pierre Condom, directeur de la revue Interavia, souligne que Moritz Suter «n'était pas l'homme de la situation. Il n'a jamais géré un groupe de cette taille.» Il va même plus loin, en mettant en cause les responsabilités des membres du conseil d'administration qui, selon lui, sont «très compétents financièrement, mais n'ont aucune expérience dans le transport aérien. Un secteur qui évolue rapidement depuis une dizaine d'années.»

Successeur potentiel

Concernant les risques encourus par ces démissions successives, Jean-Claude Donzel, porte-parole de Swissair, temporise. «Pour chacune des trois compagnies aériennes, un CEO a déjà été nommé.» Pour Britta Simon, analyste chez Sarasin, l'homme de la situation pour remplacer Moritz Suter pourrait être l'ancien patron de South African Airways (dont SAirGroup détient 20%) et qui a annoncé le 23 février sa décision de quitter la compagnie 14 mois avant l'expiration de son contrat. Coleman Andrews se retire après avoir restructuré la compagnie sud-africaine et remis celle-ci sur le chemin de la rentabilité. Ce dernier n'aurait pas voulu introduire la compagnie en Bourse tant que la phase de transition n'était pas achevée. Dans tous les cas, aucun expert ne table sur une recrue provenant directement de SAirGroup. Pour Pierre Condom, le successeur viendra forcément de l'extérieur.