Automobile

Après le diesel, le moteur à essence est aussi menacé

Plusieurs pays, dont la Chine, envisagent d’interdire les voitures à combustion interne d’ici à 2030 ou 2040. Au salon de Francfort, les constructeurs allemands accélèrent la transition vers le tout électrique

Electrification! Les constructeurs allemands n’avaient que ce mot à la bouche, mardi, à la journée des médias du Salon automobile de Francfort, le plus important du monde. Il s’agit presque d’un sauve-qui-peut devant les nuages noirs qui s’amoncellent à l’horizon.

L’ironie est que Volkswagen (VW), BMW et Mercedes-Benz n’ont longtemps pas cru dans la mobilité électrique. Ils avaient même pris un important retard technologique sur leurs rivaux européens, asiatiques ou américains, Tesla en tête, avant de réagir il y a deux ans à peine.

A lire: Les constructeurs allemands passent à l’électrique

La catastrophe industrielle du scandale des moteurs diesel truqués, loin d’être terminée, a agi comme un détonateur. Mais le propulseur aux fâcheuses émanations d’oxydes d’azote n’est plus le seul en cause. Le moteur à essence apparaît aussi menacé. C’est à vrai dire le principe même du moteur à combustion d’hydrocarbures qui est mis en question, sous le coup de la pollution chronique des grandes agglomérations mondiales.

Un atout pour les industriels chinois

En Inde, la pollution atmosphérique tue désormais presque autant que la cigarette. En mai dernier, le pays a annoncé vouloir interdire les moteurs automobiles à combustion interne dès 2030. Les Pays-Bas et la Norvège l’avaient précédé, avec une échéance fixée à 2025. L’Allemagne vise 2030. Cet été, la France et le Royaume-Uni se sont prononcés pour l’année butoir 2040.

Le coup le plus dur pourrait venir de la Chine. Il y a peu, à Pékin, le Ministère de l’industrie a laissé entendre qu’une mesure d’interdiction à terme des moteurs à explosion pourrait être prise. Si la nouvelle se confirme, elle aura un effet terrible sur l’industrie de la voiture dans le monde. La Chine est de loin le premier marché automobile, avec 28 millions de véhicules vendus en 2016.

Elle est aussi le premier marché des propulsions électriques: 352 000 unités ont été écoulées l’an dernier, le double qu’aux Etats-Unis. Les mesures incitatives mises en place par le gouvernement, en particulier la suppression des taxes, fonctionnent à plein régime. Surtout, une migration du parc automobile vers le tout électrique serait un atout pour les industriels chinois: ils produisent en masse les batteries lithium-ion.

Les Allemands mettent les gaz

Les constructeurs allemands flairent ce mauvais vent. Volkswagen, par qui le scandale du diesel est arrivé, commercialise chaque année 4 millions de véhicules en Chine. On comprend dès lors mieux le soudain élan vertueux du groupe de Wolfsburg pour l’électricité. Il investit actuellement 6 milliards d’euros (environ 6,9 milliards de francs) dans la technologie, avec l’ambition de lancer une palanquée de modèles à zéro émission jusqu’en 2025.

La présentation mardi du modèle I.D. Crozz, croisement entre un SUV et un coupé quatre portes, montre la direction que VW s’apprête à prendre. Le I.D. Crozz sera lancé en 2020. D’une puissance de 225 kW, il aura une autonomie de 500 km.

Mercedes-Benz investit pour sa part 10 milliards d’euros dans l’électrification de sa gamme. La marque injecte aussi 3 milliards dans ses moteurs diesel, avec l’espoir que ces nouveaux blocs seront enfin reconnus comme moins nocifs. Et bons pour la baisse des émanations de CO2, en accord avec les dispositions de protection du climat.

Les «véhicules à nouvelle énergie»

Dieter Zetsche, le patron de Mercedes, note qu’un abandon brutal du diesel signifierait une baisse de revenu préjudiciable au développement des «véhicules à nouvelle énergie», comme on les appelle en Chine. «Quiconque estime que la mobilité sera durable grâce à l’interdiction d’un type de conduite loupe l’essentiel, s’échauffe Dieter Zetsche. En particulier si cette interdiction rend un mauvais service à la politique actuelle sur le climat. En définitive, chaque voiture électrique est aussi durable que l’électricité qui la propulse.»

Reste que le président moustachu du groupe Daimler annonce que la marque Smart sera entièrement électrique à la fin de la décennie, abandonnant ses moteurs à combustion interne. Une révolution qui concernera l’Europe et l’Amérique du Nord. Pas la Chine? Pas encore.

Lire aussi: L’ouragan «Harvey» a peut-être sauvé l’industrie automobile

Publicité