Beaucoup d'observateurs adoptent une attitude critique à l'égard de la stratégie expansionniste du nouveau patron de la Banque Cantonale de Zurich (BCZ), Hans Vögeli. Mais tous s'accordent à reconnaître que la problématique des crédits douteux ne leur fait pas peur. Dans tous les cercles financiers, on juge qu'une situation de type BCV est plus qu'improbable. Interrogé sur cette question jeudi, lors de la conférence de presse d'automne de la BCZ, Hans Vögeli a rappelé la politique conservatrice de la banque. Les risques sont étudiés ligne par ligne et non forfaitairement, et chaque crédit douteux est entièrement provisionné. Ainsi, les crédits non performants – ceux qui inquiètent, mais ne sont pas forcément perdus – représentent 2% du total des crédits. Ces prêts douteux pèsent un milliard de francs – au même niveau que les ajustements de valeur et provisions – contre 51,3 milliards de crédits à la clientèle, dont 43,8 milliards d'hypothèques. Et ce malgré la mauvaise conjoncture et l'affaire Swissair l'an dernier, dans laquelle la banque affirme avoir perdu moins de 100 millions de francs. On est très loin des 9% de crédits non performants de la Banque Cantonale Vaudoise.

Pourtant, la situation n'a pas toujours été aussi bonne outre-Sarine. En 1996 encore, les provisions pour pertes sur prêts s'élevaient à 4,6% contre 2,3% en 2001. Comme le relève Urs Ackermann, porte-parole de la BCZ, c'est en 1997 que l'établissement zurichois a modifié son approche et a décidé de mieux surveiller le domaine des prêts: les ratings des crédits ont été entièrement revus et une politique de prix adaptée au risque a été introduite. Pour rappel, la Banque Cantonale de Genève s'est engagée sur cette voie en 2001 seulement et la BCV en 2002. Avant 1997 à la BCZ, «notre erreur a été de gager les crédits commerciaux sur l'immobilier. Avec la crise de ce dernier, nous avons connu des pertes. Maintenant, c'est la capacité bénéficiaire d'un client qui constitue le critère primordial.»

Purger les mauvaises affaires

Standard and Poor's, qui a octroyé à la BCZ la note AAA – mais ne nous y trompons pas, la banque doit ce très bon rating à la garantie de l'Etat –, relève que cette nouvelle gestion des risques a produit des effets positifs.

En parallèle, la BCZ a décidé de nettoyer son portefeuille de crédits pour repartir sur de nouvelles bases. A cet effet, note Standard and Poor's, la BCZ a amorti 338 millions de francs en 1998, 481 millions en 1999 et 193 millions en 2000. Ce point est particulièrement important. Si l'on se réfère à la Banque Cantonale Vaudoise, on constate en effet que 80% des crédits à l'origine des pertes ont été accordés avant 1994. Les problèmes actuels de la BCV viennent du fait qu'elle n'a pas, contrairement à la BCZ ou aux grandes banques, purgé les mauvaises affaires durant la seconde moitié de la dernière décennie. Avec le nouvel apport de l'Etat – 1,25 milliard de francs –, Daniel Herrera, porte-parole de la BCV, estime que l'établissement vaudois se retrouvera dans la même situation favorable que la BCZ au printemps prochain.